4.30.2006

Résumé: "Turbulente Europe et nouveaux mondes" (Girault-Frank) Première Partie

LES RELATIONS INTERNATIONALES FACE A L’EPREUVE DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

Chapitre 1
De la guerre courte à la guerre longue

Les illusions de l’été 1914

Les plans prévus
Les responsables militaires prévoient un schéma en trois phases :
- mobilisation et regroupement des troupes aux frontières
- choc des armées dans une guerre rapide
- exploitation décisive de la victoire
Le tout serait réglé dans un délai de 6 semaines à 3 mois. Les lois militaires allemandes, françaises et russes de 1912-13 ont organisé une armée de métier active.
Théories de l’offensive : Allemagne à plan Schlieffen. France à plan Joffre. Seuls les grands sont pris en compte ds les prévisions d’un choc frontal. Il n’y a par exemple pas de négociations franco-italiennes car on suppose la neutralité de l’Italie (accords de 1902)

L’Union sacrée
Partout les mobilisations sont réussies. Malgré les craintes (congrès de Stuttgart en 1907 et Bâle en 1912 : création de la IIème Internationale ouvrière. Liste B en France …) il n’y a pas de manifestation pacifiste notable ni de refus d’aller au combat.
Néanmoins il n’y a pas que de l’allégresse et de l’enthousiasmeà plutôt sens du devoir à accomplir « sans forfanterie et sans faiblesse » (Becker). On se mobilise contre une agression extérieure illégitime. La défense de la patrie l’emporte sur l’internationalisme.
Partout la guerre est justifiée face à une menace d’agression à Danger russe en Allemagne, danger allemand en France, invasion de la Belgique, répétition de 1870… L’entrée en guerre est donc un réflexe naturel de défense pour des peuples dont les consciences ont été préparées au patriotisme (rôle de l’école, de l’armée, de la presse et du sport…)
Ainsi peut on aisément expliquer le vote des crédits militaires par l’ensembles des partis, notamment la SFIO et le SPD à Union sacrée = Burgfriede. Dans tous les pays : les unités nationales l’emportent au début de la guerre

La diplomatie de coalition et les buts de guerre
Rappel des épisodes militaires entre août et novembre 1914 :
· A l’ouest : victoire des allemands aux batailles des frontière et de Charleroi (20-24 août). L’Allemagne atteint l’Aisne et la Marne. 5-9 septembre : bataille de la Marne : succès français, le générale Joffre poursuit les Allemands qui refranchissent l’Aisne et la Marne le 25 septembre. En novembre le front se stabilise. Exit la guerre de mouvements.
· A l’est : Offensive accélérée des Russes en Prusse orientale. Mais fin août le général Hindenburg reprend l’initiative et détruit deux armées russes, une à Tannenberg (27-30.08) et l’autre aux lacs mazures (8-9.09). Parallèlement les russes repoussent une offensive austro-hongroise en Galicie et repoussent les troupes impériales vers les Carpates. En sept/oct une guerre de mouvements oppose les trois armées en Pologne. Au bout de trois moins de guerre nul ne l’emporte et on sait que la guerre va durer.
Les buts de guerre : la propagande affiche partout une lutte pour la défense de la Patrie, du Droit et de la Justice. Mais parallèlement il est clair que la France veut l’Alsace-Lorraine, qu’on veut sortir la Serbie de sa vassalité et libérer la Belgique. En Allemagne les plans pour la victoire sont déjà évoqués. Bethmann-Hollweg a prévu la « Mitteleuropa » durant la bataille de la Marne, et Solf (ministre des colonies prévoit une « Mittelafrika » dès septembre 1914. Du coté des alliés on se borne à signer un accord (5 sept. 1914) qui interdit toute paix séparée avec les empires centraux. Néanmoins en France et en Russie on imagine le règlement du conflit bien au-delà du simple retour à la situation antérieure : il s’agit d’instituer un « ordre nouveau »

L’élargissement des enjeux : la guerre au Proche Orient
Faut-il en fini avec le dogme de l’intégrité de l’Empire ottoman ? En effet malgré le sursaut du nationalisme turc (les « jeunes turcs » sont au pouvoir depuis 1909) l’Empire ottoman reste « l’homme malade » dans les RI. L’Empire est donc au centre des préoccupations des puissances belligérantes :
Partenariat avec l’Allemagne dans l’armée ottomane grâce à Enver Pacha, l’homme fort du régime. La Russie espère sa neutralité pour pouvoir se concentrer sur son font ouest. La France et la Grande-Bretagne espère une coopération ou la neutralité : les Britannique ont peur d’une « guerre saint » dans le nord de l’Afrique et les Français veulent maintenir leurs intérêts financier dans le pays.
Conscient de ses faiblesses l’Empire ottoman essaye de rester en dehors du conflit le plus longtemps possible. Mais en sept/oct l’Allemagne pousse à l’entrée en guerre. (Une entente politique secrète avait été nouée peu avant le début de WWI). La flotte ottomane bombarde par surprise les ports russes en mer noire (fin octobre). Le 1er novembre la guerre est déclarée. La guerre dépasse l’Europe, elle se mondialise.
L’Empire ottoman, allié des centraux est condamné à la victoire s’il veut garder son intégrité territoriale. L’entente projette déjà le partage par les accords Sykes-Picot en novembre 1916 à la Grande-Bretagne annexerait l’Egypte, les Russe prendraient les détroits, la France prendrait des intérêts en Syrie et en Palestine, neutralisation de Constantinople voulue par le Tsar.

Le cas japonais ou la guerre en Asie
Le Japon déclare la guerre à l’Allemagne le 23 août 1914. Son intervention se limite au théâtre des opérations en Asie/Océanie. Le Japon fait « sa » guerre. Il assure la sécurité nationale et son expansion dans la région (annexion de la Corée déjà en 1910) mais refuse d’envoyer des soldats en Europe.
Depuis 1898 l’Allemagne possède des concessions en Chine qui lui assure une autorité sur la presqu’île de Shandong. Les Japonais, alliés aux Britanniques depuis 1902 lacent un ultimatum à Berlin pour lui concéder ses concessions. Le 7 novembre 1914 l’Allemagne capitule à prise de possession par le Japon de l’archipel des Mariannes, de l’archipel des Caroline et des îles Marshall.
A l’automne 1914 la guerre est mondiale.

L’interminable guerre européenne : le passage à la guerre longue

Vers une diplomatie nouvelle
Après 6 mois de combats, seule certitude : la guerre va durer. Situation : d’un côté Empires centraux + Empire ottoman. De l’autre, France (+empire), Grande-Bretagne (+empire), Russie, Serbie, Monténégro, Belgique et Japon. On utilise la diplomatie classique (alliances et forces militaires) mais on a aussi recours à de nouveaux procédés de luttes ce qui débouche sur la guerre totale.
Guerre totale = mobilisation et engagement de toutes les forces disponibles (àforces militaires classiques + puissances économique, commerciale et financière + influences idéologiques et culturelles) en vu d’un succès total sur l’adversaire. Elle mène à une paix dictées et non négociée.
Le propagande est à double tranchant : on érige en dogme des idées simplistes dont il n’est pas facile de se défaire. D’où le recours à une diplomatie ultra-secrète, en dehors des Parlements. Les élus de la nation ne sont plus informés par le gouvernement.
Pb d’adaptation des dirigeants aux nouvelles exigences de la situation de guerre longue. Ils ont tous été élevés au XIXème siècle et restent souvent prisonniers des raisonnements de leur époque.

1915 : guerre et diplomatie en méditerranée
Mai 1915 : une forte offensive allemande, épaulée par l’Autriche-Hongrie, perce les lignes russes en Galicie. En juillet c’est la Pologne centrale qui est conquise. En août/sept le front s’établit en Lituanie/Biélorussie.
Les Alliés, sur l’initiative de Churchill 1er Lord de l’Amirauté, tentent une expédition dans les détroits pour faire la jonction avec les Russes. Mais la politique de « petits paquets » envoyés au combat sur la presqu’île de Gallipoli est un échec. L’expédition des Dardanelles échoue et la Russie reste isolée.
L’attention se porte alors sur 4 pays restés neutre qui apparaissent dès lors comme stratégiques : l’Italie, la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie. L’Espagne et le Portugal sont trop excentrés par rapport aux combats, ils restent neutres.
L’Italie a deux options : rester neutre ou se joindre aux alliés. Ses revendication (Trentin, Trieste, côtes Dalmates…) l’empêchent en effet de se joindre à l’Autriche-Hongrie ; d’autant plus que l’expansion autrichienne dans les Balkans inquiète l’Italie. Au contraire un engagement aux côtés de l’Entente permettrait de dépouiller l’Autriche-Hongrie et offrirait de nouvelles perspectives avec la chute de l’Empire ottoman. Après l’expédition des Dardanelles l’Italie présente une liste de revendication en échange de son entrée en guerre (à Trentin, Sud-Tirol, Trieste, l’Istrie, la Dalmatie, le port de Valona en Albanie, Somalie-Erythrée). Grey (UK) et Déclassé (FR) acceptent précipitamment. C’est une aubaine pour eux, surtout que l’entrée en guerre de l’Italie risque d’entraîner celle de la Grèce, de la Bulgarie et de la Roumanie.
Les Russes (Sazonov) par contre acceptent difficilement les revendications italiennes ; Ils sont en effet les protecteurs des slaves dans les Balkans. Il faut donc leur concéder Constantinople, les côtes européennes des détroits ainsi que les îles Lemnos et Imbros : la carte du Proche-Orient serait définitivement bouleversée en cas de victoire de l’Entente.

Le partage du Proche-Orient
Les Britanniques oeuvrent pour que les Arabes aient leur propre Etat indépendant de l’Empire ottoman et dans lequel ils auraient des droits spéciaux. En mai 1916 les Arabes se soulèvent contre l’Empire ottoman.
Les Russes ont déjà montré l’ampleur de leurs ambitions
Les Français ne sont pas encore unis pour un projet précis : campagne de presse des lobbies coloniaux pour une Grande Syrie au profit de la France. Tractation franco-britanniques à accords Sykes-picot en novembre 1916 : partage de l’Empire après la guerre. Les négociation pour l’entrée en guerre de l’Italie ont amené les Alliés à préparer le dislocation de l’Empire ottoman et de l’Autriche-Hongrie : on est bien loin des réflexes défensifs de l’été 1914.

L’Italie entre en guerre
Ayant obtenu satisfaction de ses revendications avec le traité secret de Londres en avril 1915, l’Italie déclare la guerre :
- à l’Autriche-Hongrie en mai 1915
- à l’Empire ottoman en août 1915
- à l’Allemagne en août 1916
Tout comme le Japon l’Italie fait sa guerre pour emporter l’adhésion populaire.

L’entrée des Etats balkaniques dans la guerre (automne 1915-16)
La Bulgarie porte ses aspirations nationales sur a Macédoine et sur la Thrace, possédées par la Serbie et la Grèce (anciens adversaire de 1913). La Serbie est alliée à l’entente, et depuis que Venizélos est au pouvoir en Grèce (1915) ce pays penche vers l’entente. La Bulgarie ne pouvant donc satisfaire ses revendications en entrant dans l’Entente se tourne vers les centraux.
En octobre 1915 la Bulgarie attaque avec ses alliés la Serbie. Cette dernière ne peut qu’être sauvée par un effort massif des Alliés ou par la Grèce. Logiquement la Grèce de Vénisélos devrait se rallier à l’Entente. Mais le roi de Grèce, Constantin, parent de Guillaume II et germanophile, préserve la neutralité grecque. Les Britanniques et les français débarquent alors à Salonique pour aider les Serbes. La Grèce se trouve « occupée », car Constantin désavoue son PM et maintient sa neutralité. Cependant les Grecs ne réclament pas la « libération » du territoire par les centraux. Les troupes impériales n’entrent donc pas en Grèce au grand dam des Bulgares et les Alliés disposent d’un point d’appui en Salonique.
Le caractère indécis des combat (notamment avec cette « guerre d’usure » symbolisée par l’hécatombe de Verdun : 515 000 tués entre février 1915 et juin 1916) incitent les neutres à la prudence.
Le Portugal rejoint les Alliés en mars 1916. La Roumanie entre, elle, en guerre contre les Empires centraux à la fin du mois d’août 1916. Mais le moment est mal choisi. Elle subit une rapide défaite et voit son territoire occupé aux 2/3 trois mois plus tard. Les Français et les Russes n’ont plus les forces à ce moment de la secourir.
Avec une situation balkanique si favorable aux allemands leur buts de guerre restent élevés : la réalisation de la « Mitteleuropa » reste à l’ordre du jour pour Bethmann-Hollweg et le général falkenhayn. Ils prévoient la domination de l’alliance germano austro-hongroise et de la race allemande sur l’Europe continentale. La lutte avec la Grande-Bretagne devra se continuer en temps de paix sur le plan économique.

La guerre économique
La durée de la guerre implique d’envisager une stratégie économique. La consommation d’armement a quadruplée en 1916 par rapport à 1914. La collaboration entre hommes d’Etat et hommes d’affaires devient plus étroite et les comités, les association et syndicats représentant les intérêts privés entrent dans les négociations (à Comité des Forges en France, Comité de guerre de l’industrie en Allemagne…) L’Etat prend en mains la direction générale de la vie économique.
D’autre part la coopération économique entre les alliés se resserre à Conférences interalliées. Création de départements économiques, financiers et commerciaux dans les ambassades pour négocier l’obtention de part de marché, avec les Américain notamment. (NB : embryon des fonctionnaires internationaux)
La guerre économique commence en 1915 à l’initiative de l’Entente qui veut asphyxier l’Allemagne. But : empêcher les Empires centraux de s’approvisionner en nourriture, en matières premières et en armements.
Méthode 1 : blocus maritime. Mais pb juridique : violation des convention internationales qui risque de pousser les neutres vers les centraux. Inversement, l’Allemagne procède à la guerre sous marine jusqu’en 1917.
Méthode 2 : achat massif de denrées chez les neutres pour « assécher » leur offre envers les empires centraux.
Méthode 3 : surclassement industriel des ennemis. Investissements massifs à nécessitée de rentabiliser à l’avenir. Financement par des emprunts internes et externes (US). La guerre économique imprime sa marque dans les RI présentes et futures.
En Europe, seule la Grande-Bretagne semble en mesure de pratiquer une telle guerre. Elle peut même financer ses alliés jusqu’en 1917. Mais à ce moment, le Royaume-Uni doit suivre la voie française et se tourner vers les Etats-Unis. La balance commerciale française et britannique se dérègle dangereusement (déficit global français : 21 milliards de francs-or en 1916 contre seulement 3 milliards en 1914 !) Il s’agit alors de trouver des solutions de remboursement. Poincaré et Déclassé veulent pour cela obtenir l’Alsace-Lorraine, la Sarre et la Rive gauche du Rhin. La conférence économique interalliés de juin 1916 organise la solidarité économique pendant et après la guerre à la Grande-Bretagne abandonne sa doctrine du Free Trade et une sorte d’union douanière est créée entre les Alliés.

Propagande, cohésion nationale et haine de guerre
Puisque la guerre est longue il faut assurer la cohésion nationale c'est-à-dire soutenir le morale à « l’arrière ». L’Etat mobilise donc les moyens d’information et les loisirs. Il dénigre l’ennemi par la propagande à haine de peuple à peuple, ferment pour le nationalisme militant (ex : campagne selon le plan de Lord Derby en Grande-Bretagne en 1915).
Mais face à la répétition de la lutte de chacun pour des grand idéaux (Droit à l’existence, Justice…) et au maintien parallèle d’une diplomatie prosaïque et secrète à craquement du soutient. En 1916 les Union sacrées se défont un peu partout où sont du moins remaniées. La gauche et l’extrême gauche multiplient les conférences (Zimmerwald en septembre 1915, Kienthal en avril 1916) réclamant un « armistice immédiat ». Le cas de la Russie est extrême et débouche sur la révolution mais en France l’état d’esprit de 1914 n’a pas totalement disparu.
Réveil des minorités en Europe centrale.
Les autorités turques procèdent au génocide arménien au nom de la cohésion nationale (1915).
Irlande : révolte armée de Dublin en 1916. L’insurrection qui fait 3000 victimes est préparée avec le soutient logistique de Berlin.

Chapitre 2
Nouveaux mondes et vieilles nations

Les tournants de l’année 1917

Les craquement chez les belligérants
Le 12 décembre 1916, les gouvernement centraux donnent leurs condition de négociations et 20 décembre Wilson demande aux Etat belligérants de faire connaître leur condition de paix afin de trouver un compromis. Mais les Etat n’ont pas de volonté de compromis et ont des « programmes annexionniste » (Pierre Renouvin). Le 20 janvier 1917 les Alliés rejettent la proposition de négociation des Empires centraux.
Les mois de guerres font naître des fissures :
· Du côté des responsables : En Allemagne, Falkenhayn est remplacé par Ludendorff et Hindenburg après son échec à Verdun (21 février 1916 à octobre 1916 : 500 000 morts). En France, Joffre est remplacé par Nivelle après son échec lors de la bataille de la Somme (1er juillet 1916 à novembre 1916 : 620 000 morts Alliés, 450 000 morts Allemands) et après la critique parlementaire de la conduite du gouvernement Briand. Mais la vanité de Nivelle le met à l’écart au profit de Pétain qui préconise une attitude défensive et réservée.
· Du côté des civils : la propagande ne peut pas contenir le moral de l’opinion. La littérature héroïque doit laisser la place à la littérature réaliste (Duhamel) voire pacifiste (Barbusse, Le Feu, journal d’une escouade). La majorité des Français est lassé par la guerre et souhaite qu’elle cesse, même sans victoire. Les mutinerie de du printemps 1917 le montrent la fatigue des troupes.
Difficulté financière de l’Alliance face aux Etats-Unis dont les banques commences à rechigner pour concéder les prêts.

De la Russie ancienne à la Russie nouvelle
Au printemps 1917 la Russie est la plus affaiblie des puissances belligérantes. Le tsarisme, jugé incapable de mener la guerre, est impopulaire dans toute la société russe. Corruption de l’Etat, difficulté financières, hausse des prix aidant et grèves aidant le tsarisme s’effondre au mois de mars 1917. Les Alliés reconnaissent facilement le nouveau régime avec Milioukov (membre du parti KD) au ministère des Affaires étrangères partisan d’une politique d’expansion nationale. La situation interne rend cependant difficiles les relations avec les Alliés ; En effet le gouvernement provisoire souhaite poursuivre ses engagement mais il n’a pas l’assentiment de la population et il est confronté aux révolutionnaires. Pour les Occidentaux il est claire que l’anarchie va durer ; ils envisagent même une tutelle sur la Russie.

La révolution bolchevique : diplomatie nouvelle, négociations anciennes
[La révolution de février donna naissance à deux organes de pouvoir. D’un côté le gouvernement provisoire basé à Moscou et dominé par les constitutionnels-démocrates (KD). De l’autre côté le Soviet de Petrograd divisé entre trois tendances les socialistes-révolutionnaires (SR), les mencheviks et les bolcheviks (minoritaires). Ces trois courants ne sont pas d’accord ni sur les suites à donner à la guerre ni du moment propice à la révolution qui doit aboutir par la lutte des classes à la disparition de la dictature bourgeoise. Majoritaire au début les bolcheviks réussissent (notamment grâce à Lénine qui rentre de Suisse en avril 1917) à s’emparer des levier du pouvoir. Ils sont favorables à l’arrêt de la guerre]
Survient alors la révolution d’octobre : les bolcheviks prennent le pouvoir. Le premier acte du nouveau gouvernement est le « décret sur la paix » du 8 novembre 1917 qui fixe « une paix sans annexion ni indemnité ». Le nouveau gouvernement opte pour une diplomatie ouverte, révélant les traité secret conclus entre mars et octobre (à aussi afin de discréditer le gouvernement provisoire). Après 3 mois de discutions et de tension internes (entre Lénine, Boukharine et Trotski) la paix est signée à Brest-Litovsk le 3 mars 1918. (NB : ≠ paix dictée)
En façade les Alliés dénoncent la trahison, mais la véritable stratégie est plus complexe :
- Il faut empêcher les Allemands de se ravitailler et si possible reconstruire un deuxième front
- Il faut aussi poursuivre le démembrement de l’ancien empire en se basant sur des mouvements nationalistes.
Trois faits peuvent être retenus :
- Rupture des Alliés avec les bolcheviks en avril 1918. Avant on avait encore l’espoir de faire peser une menace sur l’Allemagne en soutenant les bolcheviks.
- Appuis progressif aux troupes anti-bolcheviks, quitte à entrer en contradiction (affaiblissement favorable à l’Allemagne + soutient aux troupes favorables à un retour du tsar)
- « Découpage » de la Russie en zones d’influences économiques : GB : Caucase ; FR : Bessarabie, Ukraine, Crimée. Prévision d’intervention des Etats-Unis et de Japon en Sibérie.

L’intervention américaine dans la guerre
31 janvier 1917 : l’Allemagne annonce la guerre sous marine à outrance.
3 février 1917 : les Etats-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec l’Allemagne.
2 avril 1917 : le Congrès américain vote la déclaration de guerre à l’Allemagne ;
(En décembre 1917 déclaration de guerre à l’Autriche-Hongrie)
Raisons de l’entrée en guerre des Etats-Unis :
- Guerre sous marine à perte de trois navires en mars 1917
- Interception du télégramme de Zimmermann (l’Allemagne propose une alliance au Mexique) : Wilson en fait grande publicité à retournement de l’opinion traditionnellement pacifiste.
- Contexte financier et commercial : soutient des débiteurs européens
- Fin de la Russie tsariste : « l’Amérique se joint au bloc des démocraties contre les régimes autoritaires »
Militairement l’aide est d’abord plutôt restreinte. Mais l’aide économique considérable apportée par les Américain est une aubaine pour les Alliés. A ce propos Wilson écrit en juillet 1917 : « L’Angleterre et la France n’ont aucunement les mêmes vues que nous sur la paix. Quand la guerre sera finie, nous pourrons les forcer à suivre notre manière de penser, ils seront parmi d’autres choses, financièrement dans nos mains. »

Les Etats-Unis en Amérique du sud
[…]

La victoire et la paix (1918 – 1919)

La diplomatie wilsonienne

Le 8 janvier 1918, Wilson loue devant le Congrès la démarche russe consistant à négocier ouvertement la paix (traité de Brest-Litovsk). Il énonce par la même occasion ses 14 points :
5 points généraux : diplomatie ouverte – liberté absolue de naviguer de paix comme en guerre – suppression des barrières économiques et commerciales – réduction des armements – argumentation en faveur des revendications coloniales.
8 points concernant des litiges particuliers : évacuation du territoire russe pour laisser au peuple le choix de ses institutions – restauration de la Belgique comme Etat souverain – libération des territoires français (y compris l’Alsace-Moselle) – rectification des frontières italiennes selon le principe des nationalités – souveraineté et intégrité des régions turques de l’Empire ottoman – développement des autres « nationalités » — création d’un Etat polonais.
Dernier point : constitution d’une « association générale des nations » afin de garantir une justice pour tout les peuples et toutes les nationalités. (Avant de devenir Président du Conseil Clemenceau ironisait sur Wilson : « Il s’élance, d’un magnifique essor, par delà le temps et l’espace pour planer dans le vide au dessus des choses qui ont l’infériorité d’être. »)
Nouveauté apportées par Wilson : Diplomatie ouverte – pas de traités qui allie les Etats-Unis à l’Entente. Formulation d’idéaux à transmettre. Avant on se faisait la guerre pour des cause concrètes (menaces, invasions, occupations…) à nouvelles motivation de guerre : messianisme. (Mais bon derrière ces grands idéaux Wilson a aussi ses intérêts…)

La conduite de la guerre en 1918
Au début de 1918 la carte de guerre parait toujours favorable aux Empires centraux. L’effondrement de la Russie oblige la Roumanie à signer l’armistice de Foczani du 9 décembre 1917 avec les Empires centraux. Le corps expéditionnaire allié basé en Grèce est trop faible pour intervenir. En Italie la population est lassée. L’armée subit un désastre à Caporetto (octobre 1917) : l’Autriche-Hongrie enfonce le front oriental. Malgré les renforts franco-britanniques envoyé durant l’hiver à Piave, la situation reste critique pour l’Entente.
Dès lors le sort de la guerre dépend essentiellement du front établit en France :
- Renforts américains : 300 000 hommes en avril à 1,8 millions en novembre !
- Supériorité matérielle grâce à l’aide « yankee[1] » (avions / blindés)
- Les Empires centraux, eux, ne peuvent plus suivre.
- Centralisation de la direction des opérations dans le Conseil de guerre interallié sous la conduite de Foch.
Situation politique dans les 4 grands Etats Alliés : Concentration du pouvoir et détermination à la victoire. En Grande-Bretagne Lloyd George est Premier ministre depuis décembre 1916, il dirige le pays avec un cabinet de 5 membres, le War Cabinet. En France Clemenceau est appelé par le Président Poincaré le 16 novembre 1917, il gère l’Etat avec une poigné de collaborateurs. De même en Italie où Vittorio Orlando devient chef du gouvernement après le désastre de Caporetto. Wilson de son côté répète aussi volontiers qu’il est prêt à mener la guerre à son terme sans compromis ni marché avec l’adversaire.
Par contre pour l’Américain les européens son « opportuniste » car ils veulent la victoire pour des buts de puissance nationale (Suprématie maritime pour la Grande-Bretagne ; sécurité sur le Rhin pour les Français ; réalisation de « l’unité » italienne) à normal les dirigeants européen ont été élevé à l’école diplomatique du XIXème siècle.

Le détonateur nationaliste
[…]

La paix de Versailles
Un mois avant la signature de l’armistice de Rethondes (11 novembre 1918) l’Allemagne et les Etats-Unis s’échangent des notes diplomatiques. Ludendorff essaye de dégager l’armée des conséquences politiques d’une véritable défaite militaire à rôle d’arbitre de Wilson dans la conclusion de la paix.
La République allemande est proclamée le 9 novembre 1918 ; abdication de Guillaume II
Les négociations s’ouvrent à Paris en janvier 1919 Le traité d’armistice se fait sur la base des « 14 points » de Wilson. Mais en général on peut dire que « la paix est dictée aux vaincus ; elle est négociée entre vainqueurs » (Girault-Frank).
Seuls les 5 grands participent aux décision importantes alors que la coalition regroupait 27 Etats. Les décisions essentielles sont discutées entre Wilson, Clemenceau et Lloyd George. Ces derniers sont épiés par l’opinion et se gardent donc de froisser les mentalités nationales. Wilson au sommet de sa popularité, joue des déclarations de principe qui tendent à fonder la paix sur le DDPDEM et la SDN. George assure sa vision impériale des responsabilités britanniques. Il veut minimiser l’importance de l’armée française en Europe, ce qui le conduit à modérer l’écrasement de l’Allemagne. Clemenceau veut s’assurer de la domination militaire française sur l’Allemagne et garantir la sécurité de son pays. Il obtient des précaution concernant la militarisation de l’Allemagne ; mais la Sarre lui échappe : elle sera administrée pendant 15 ans par la SDN
L’article 231 du traité justifie le payement des réparations allemandes en établissant comme vérité historique sa responsabilité dans le déroulement de la guerre. Mais la question des réparation est laissée ouverte faute d’accord : les pays fortement touchés (Serbie, France Italie Belgique) demandent de fortes indemnisation alors que les anglo-saxons tempèrent de peur de provoquer une faillite des RI. Aucun compromis ne semble réalisable sans l’appuis des « yankees », or, le 19 mars 1920, le Sénat refuse de ratifier le traité de Versailles….


[1] Terme cher à Girault-Frank utilisé pour ne pas confondre les étatuniens et les habitant du contient américain…

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