4.09.2006

La crise de 1929 et ses conséquences aux Etats-Unis et en Europe

LA CRISE DE 1929 ET SES CONSEQUENCES AUX ETATS-UNIS ET EN EUROPE



INTRODUCTION

I.- DE LA « PROSPERITE » DES ANNEES VINGT AU KRACH DE WALL STREET
A ) Une prospérité soutenue par un système fragile
1 – Les indices d’une « new era »
· La guerre profite aux américains
· Rentrée de capitaux
· Hausse de la productivité et concentration d’entreprises
· La consommation
2 – Les germes de la crise économique
· Crédits à la consommation
· La situation des agriculteurs
· Pratiques douteuses des entreprises
B ) La montée de la bulle spéculative et le krach de Wall Street
1 – Les rouages de la spéculation
· Une trop forte mobilité des capitaux
· Les sociétés d’investissements
· Le manque de réglementations
2 – Le krach de Wall Street
· La perte de confiance dans le marché américain
· Le « jeudi noir », 24 octobre 1929

II. – LA TRANSMISSION DE LA CRISE
A ) De la chute boursière à la crise économique aux Etats-Unis
1 – Impossibilité d’une reprise
· Contraction des capitaux disponibles pour l’investissement
· Baisse de la demande des ménages
· Les faillites bancaires
2 – Baisse de la production et chômage de masse.
· Baisse de la Production et de l’investissement
· Chômage (chiffres)
B ) Les liens entre la crise américaine et la crise économique mondiale
1 – La propagation de la crise en Europe
· L’Europe est déjà en crise en 1929
· Retrait des capitaux américains
2 – L’état des différentes économies
· Baisse de la consommation et montée du chômage généralisés
· Particularités de chaque pays
3 – Les premières réactions aggravent la crise
· Baisse du commerce mondial
· Les premières réactions déflationnistes
· Installation du protectionnisme
· Favorisée par le manque de coopération internationale



III. – CONSEQUENCES POLITIQUES ET SOCIALES
A ) Une société en crise
1 – Une paupérisation inégale
· Elle touche surtout les chômeurs
· Formation de bidonvilles
2 – Malaise, doutes, et revendications
· Les mouvements de revendications et leur impact
· La montée des mouvements autoritaires, Ligues, NSDAP, Fascisme…
· Les éléments de traduction dans la culture

B ) Les réponses politiques à la crise économique : l’interventionnisme
1 –La relance par la consommation des ménages
· Le New Deal
· Le Front populaire
2 – La relance par la consommation de l’Etat.
· Le cas de l’Allemagne nazie
· La préparation de la guerre

CONCLUSION







BIBLIOGRAPHIE :
- BERSTEIN (Serge), MILZA (Pierre), Histoire du XXe siècle, tome 1, 1900-1945, Paris, Hatier, 2004, 501 pages.
- COCHET (François), La Grande Crise 1929-1939, Paris, Dunod, 1998, 126 pages.
- GALBRAITH (John Kenneth), La Crise économique de 1929, Paris, Petite bibliothèque Payot, 1961, 219 pages
- GAZIER (Bernard), La Crise de 1929, Paris, PUF Que sais-je ? 1995, 127 pages.
- GIRAULT (René), FRANK (Robert), Turbulente Europe et nouveaux mondes 1914-1941, Paris, Petite bibliothèque Payot, 2004, 514 pages.
- JOHSUA (Isaac), La Crise de 1929 et l’émergence américaine, PUF, Paris, 1999, 310 pages.
- VINCENT (Bernard), (dir.), Histoire des Etats-Unis, Paris, Flammarion, 1997, 466 pages.


INTRODUCTION

« Si je cherche une formule commode qui résume l’époque antérieure à la Première guerre mondiale dans laquelle j’ai été élevé, j’espère avoir trouvé l’expression en disant : « C’était l’age d’or de la sécurité. » Tout […] semblait fondé sur la durée, et l’Etat lui-même paraissait suprême et garant de cette pérennité. Notre monnaie circulait en brillante pièce d’or et nous assurait ainsi de son immuabilité. Chacun savait combien il possédait ou combien lui revenait, ce qui était permis ou défendu. Tout avait sa norme, sa mesure et son poids déterminé. »
Cette période décrite par Stefan Zweig dans son autobiographie, Le monde d’hier, semble en effet révolue après le conflit mondial. Outre l’extrême violence auxquelles les populations ont été confrontées l’insécurité financière qui caractérise l’entre-deux guerres est un élément tout à fait nouveau qui prend au dépourvu aussi bien le citoyen que les dirigeants qui comme nous le savons sont issus de la génération d’avant guerre.
Après les poussées inflationnistes qui ont parcourues l’Europe la Crise de 1929 marque l’apogée du marasme économique. Loin d’être une crise économique comme celles que les contemporains croient connaître, c'est-à-dire un événement structurel et succin, elle s’installe et perdure pendant presque une décennie.
La crise économique touche l’ensemble de la planète (à l’exception notoire de l’URSS). Nous nous attacherons plus spécifiquement aux Etats-Unis et à l’Europe qui sont les moteurs économiques de l’époque.
Une telle ampleur, une telle persistance, pose forcement la question de la formation de la crise. Est-elle uniquement engendrée par le symbolique krach de la bourse new-yorkaise ? Dans la négative quels éléments apportés par les difficultés d’après guerre peuvent expliquer cette crise profonde des deux côtés de l’Atlantique. Un évènement qui marque si durablement les contemporains, même si sa source et purement économique, imprègne les esprits. Il s’agit alors aussi d’étudier les conséquences politiques et sociales de la crise économique.
Dans un premier temps nous nous pencherons sur la crise boursière aux Etats-Unis et sur les défaillances de l’économie américaine qui la rendent possible ( I ). Dans une seconde partie il sera question des répercutions économiques du « Krach » sur le nouveau continent et en Europe ( II ). Enfin nous nous intéresserons aux conséquences sociales et aux tendances politiques engendrées par la crise économique mondiale ( III ).

I.- DE LA « PROSPERITE » DES ANNEES VINGT AU KRASH DE WALL STREET

La chute de la bourse de New York est un événement qui révèle la crise américaine, celle-ci est déjà sous-jacente dans les années vingt. En effet au-delà de l’apparence prospère de graves disfonctionnements permettent à la bourse de s’emballer mais aussi à la crise d’être durable.

A ) Une prospérité soutenue par un système fragile

1 – Les indices d’une « new era »
« Roaring Twenties » ou « New Era » aux Etats-Unis, « années folles » en France, l’image de années vingt est marquée encore aujourd’hui par l’insouciance, le modernité, la rupture avec les lourdes conventions sociales de l’avant-guerre. Ceci concerne avant tout les milieux artistiques et intellectuels. Ce qui ressort le plus clairement de l’époque est le terme de « prospérité » généralisée à partir de l’expérience américaine.
La Première Guerre mondiale a permis aux habitants d’entrer dans une phase de consommation de masse grâce à l’apport de capitaux engendrés par la guerre. En effet les Américain restent longtemps neutres militairement mais pas économiquement. Si les exportation en direction de l’Allemagne s’effondrent de 169 million à 1 millions de dollars entre 1914 et 1916 dans la même période celles vers l’Entente passent de 825 à 3200 millions de dollars (*4). Joffre demande dès 1914 près de 100 000 obus par jour, la demande agricole n’est pas du reste vu que les paysans européens sont au front. Au total le PNB américain double pratiquement durant la guerre, passant de 40 milliards à 78,9 milliards de dollars (constants valeur 1929).
La seconde dimension de la prospérité des années vingt est à chercher dans les gains de productivité. Ceux-ci découlent du « système américain de fabrication » (P. Mélandri) à savoir la rationalisation des étapes de la production ; mais aussi de la concentration des entreprises. En 1929 200 entreprises contrôlent environs la moitié des richesses du pays. Une véritable révolution industrielle est en place. L’électricité se généralise. De 1908 à 1927 le temps de fabrication du « modèle T » de Ford passe de 14 heures à 93 minutes ! Ce qui permet évidement de baisser sensiblement les prix.
Les ménages entretiennent la croissance en s’équipant de biens électroménagers. Le nombre de radios est de 10 millions en 1929 alors que 4 ans auparavant seuls 4 millions de ménages en possédait un. Au début des années trente près de 40% des ménages sont équipés d’un aspirateur ou d’un four électrique. Le nombre de voitures immatriculées passe de 10 millions en 1922 à 26,5 millions en 1929. Le cinéma ce généralise.

2 – Les germes de la crise économique
Pourtant il ne faut pas s’y tromper cette prosperity est financée largement à crédit. En effet le crédit à la consommation fait son apparition aux Etats-Unis dans les années 20. La plupart des achats en électroménagers s’effectuent à crédit (75% des radios par exemple) ce qui joue un rôle aggravateur dans la crise le moment venu, les ménages étant dans l’incapacité de rembourser leurs emprunts.
Malgré cette consommation le chômage persiste. La prospérité ne concerne donc pas l’ensemble de la population. Lors de la crise de reconversion en 1921 5 millions d’Américains n’ont pas d’emploi. Ils sont encore 2,5 en 1924. Le renouveau économique n’amène donc pas le plein emploi.
Les farmers (20% de la population) sont aussi dans une situation particulière. Pour beaucoup d’entre eux la crise commence en 1920 ; endettés durant la guerre pour faire face à la demande, ils sont pris de court lorsque la production européenne reprend. La surproduction fait baisser les prix et pousse les exploitants à la faillite.
Enfin notons quelques pratiques douteuses des entreprises qui mettent en place de « véritables châteaux de cartes financiers sans grand rapport avec la réalité économique » (A. Kaspi) entretenant la spéculation boursière.

B ) La montée de la bulle spéculative et le krach de Wall Street


1 – Les rouages de la spéculation

L’émission de titres en bourse sert normalement aux entreprises à pouvoir rassembler des capitaux à des conditions plus avantageuses que par un empreint bancaire. Théoriquement la valeur de la somme de l’ensemble des actions d’une entreprise ne doit pas dépasser la valeur réelle de l’entreprise, car l’action est une part de l’entreprise. Si chacun des actionnaires remettait son action à l’entreprise la vente de celle-ci par ces détenteurs devrait permettre de rembourser tout le monde. D’ordinaire la rémunération de l’action se fait par les dividendes prélevées sur le bénéfice des entreprises.
Le problème de la spéculation apparaît lorsque les actionnaires se détachent de cette vision des choses et attendent des gains, non plus des dividendes, mais de la fluctuation des cours des actions sur le marché boursier. Une trop forte mobilité des capitaux fausse la valeurs des actions qui ne correspondent plus à la valeur « réelle » des entreprises.
Une « bulle » spéculative apparaît donc lorsque entraîné par la l’activité du marché les actions perdent toute mesure avec la réalité de l’état économique qu’elles sont sensées représenter. Le « krach » survient lorsque les actionnaires s’en aperçoivent et n’ont plus qu’un choix à faire vendre au plus vite avant que d’autres ne le fassent pour essayer de récupérer leur argent. En effet s’ils ne le font pas l’offre étant supérieure à la demande les prix chutent et les actionnaires voient la valeur de leurs actions diminuer. (Dans le cas d’un krach boursier la somme de comportements rationnels débouche sur un résultat irrationnel.)
Dans le cadre de la crise de 1929 deux sortes de spéculations se sont superposées. D’une part la spéculation internationale jouant sur la concurrence entre les places boursières de Londres, Paris et New York. Chaque pays veut attirer à lui les capitaux et joue pour cela sur la valeur des monnaies. D’autre part la spéculation spécifique au marché intérieur américain. Celle-ci relève à la fois de critères objectifs et subjectifs.
En termes objectifs le mouvement de spéculation, que certain datent de 1927, s’appuie sur une bonne santé de l’économie (≠ état de l’endettement, persistance du chômage). La RCA productrice de composants électroniques augmente ses ventes de 50% par an, de même pour Aicrafts and Transports Corporation. La General Motors Companie connaît des résultats spectaculaires elle promet à ces actionnaire de redistribuer 60% des ces gains. Pourtant les pratiques boursières montre un comportement exagérant qui tient non pas à la bonne santé de l’économie mais en la croyance aveugle en une hausse continue de la bourse (cf. Irving Fischer, professeur à l’université de Yale). En 1927 les nouvelles actions lancées sur le marché représentent 1474 millions de dollars. Deux ans plus tard ce chiffre est de 5924 millions. Or la santé de l’économie n’est pas cinq fois meilleure que deux auparavant !
Il convient encore, pour mieux expliquer le crash, de préciser la manière de spéculer. Etant donné le mouvement continuellement à la hausse des bourses américaine la pratique de « ventes sur marge se généralise » (à expliquer). Ceci montre l’attrait pour les gains rapides, donc basés non sur les dividendes mais sur la spéculation et aussi la fragilité du marché boursier. Le montant des prêts aux courtiers est remarquable. A la veille de la « catastrophe » XX% des actions sont financées de la sorte. Un autre phénomène entretenant la spéculation est l’apparition de société d’investissement. Au départ ce sont des sociétés qui gère des portefeuilles et rémunèrent leurs clients. Leur objectif est donc de faire de l’argent en bourse. Le problème se complique encore lorsque celles-ci entrent en bourse. On achète alors des actions d’une société qui n’a d’autre activité que de spéculer en bourse. Peu à peu il se forme à New York un réseau d’investment trusts qui détiennent eux-mêmes d’autre société d’investissements créés de toutes pièces par les premiers. Cette opération permet un « effet de levier » qui démultiplie les gain. C’est ce que A. Kaspi appelle des « véritables châteaux de cartes financiers sans grand rapport avec la réalité économique ».
La tendance inflationniste est maintenue par les propos rassurants des analystes comme par l’engagement des banquiers. Ces dernier son bien sûr tout particulièrement observés du fait qu’ils gèrent de grosses sommes.

2 – Le krach de Wall Street
En juin l’indice de la production industrielle donné par la Réserve Fédérale atteint un sommet à 126 points. En octobre cet indice n’est plus que de 117 points. Pourtant de juin à octobre l’activité de la bourse ne faiblit pas.
L’activité ne cessa globalement de monter jusqu’à la semaine du 21 octobre 1929. Le mercredi en fin de journée on enregistra de fortes pertes. Pendant la dernière heure 2 600 000 parts changèrent de mains ! Le jeudi 24 la panique s’empara de Wall Street. Près de 13 millions d’actions furent vendues. Tous les petits porteurs se voyaient ruinés. Les appels de marges suscité obligèrent tout les acteurs qui avaient achetés les actions à crédit de se retirer. A midi les « poids lourds », tels Charles E. Mitchel se réunirent dans le bureau de la Morgan and Co. Il décidèrent de réunir les fonds nécessaires pour les réinjecter en bourse afin d’éviter que les cours ne continuent à baisser. Au sortir de la réunion Thomas Lamont, principal associé de J.P Morgan fit la déclaration suivante : « Il y a eu quelques ventes de panique » et d’ajouter « cela est dû à une situation technique du marcher » !
La première semaine élimine tout les petits porteurs, la deuxième les détenteurs plus fortunés. (Que sais-je ? p. 8, en petit)
On ne peut pas exactement savoir quels éléments permettent d’expliquer le changement de mentalité de tout un groupe de personne. On estime que 1,5 millions de personnes détenait des titres à la bourse de New York. Seuls 600 000 d’entre eux sont supposés avoirs activement spéculé. Parmi les éléments déclencheurs du retournement de mentalité et donc de la perte de confiances, on cite souvent l’effondrement de l’entreprise bâti par Clarence Harty. Ce citoyen britannique développa un vrais empire industriel en partant d’une simple fabrique de photomatons, et ceux par des pratiques peux orthodoxes (contrefaçon d’action, émission illégales, financement douteux…). Un autre élément est la soudaine sévérité avec laquelle le Service des Travaux Publics du Massachusetts interdit à une compagnie de distribution d’eau de diviser ces action par quatre, suggérant par la même occasion une enquête sur l’activité de la firme dont la valeur ne semblait pas correspondre à la cotation de ses actions en bourse.



La crise financière de 1929 a cela de particulier qu’elle se transforme en une crise économique durable. En fait la crise boursière peut être considérée comme un élément révélateur de la crise, mais celle-ci est déjà présente dans la fragilité de l’économie américaine. L’amalgame entre une croyance en la prospérité retrouvée et un système boursier véreux débouche sur la monté de la bulle spéculative et le boom final en octobre. Le krach de Wall Street n’est pas la seule cause de la longue dépression qui suit, cependant il accélère le mécanisme.



II. – LA TRANSMISSION DE LA CRISE

Il s’agit à présent de montrer l’effet de révélateurs ou d’accélérateurs entre d’une part la crise boursière et la crise économique aux Etats-Unis et d’autre part la crise américaine et la crise mondiale.

A ) De la chute boursière à la crise économique aux Etats-Unis

1 – Impossibilité d’une reprise
Le retrait des capitaux boursiers entraîne une diminution des sommes disponibles pour l’investissement des entreprises.
D’autre part les autorités monétaires, relativement laxistes avant octobre 1929, renchérissent le prix de l’argent en relevant les taux d’intérêts. En effet le Federal Reserve Board décide d’augmenter les taux de 1,5 point en octobre 1931.
Indépendamment de cela les banques sont mises à l’épreuve. Elles sont d’abord touchées directement par la chute de la Bourse de New York dans la mesure ou elles ont placé leurs avoirs en bourse. Indirectement la méfiance des épargnant aggrave leur situation car ils retirent leurs dépôts. Ainsi sur un total de 22 000 établissements en 1929 près de la moitié font faillite en quatre ans. Jusqu’en 1933, 9 000 banques font faillite, elles engendraient pour 7 milliards de dollars lors de leurs fermetures. La crise se transmet donc à toutes les sphères économiques par raréfaction des capitaux.
D’au autre côté c’est la demande qui fait défaut. La très inégale répartition des revenus aux Etats-Unis a été précocement identifiée comme un facteur de transmission de la crise. En 1928-1929, 5% de la population détenait 33% des revenus individuels. Le krach vient priver cette frange de la population. Elle diffère donc ses achats qui font vivre une partie de la population. En 1929 on recense 513 millionnaires aux Etats-Unis. En 1932 ils ne sont plus que 20. La consommation des ménages plus modestes baisse aussi. Ils cessent leur consommation de bien durables. Les biens de consommations courantes connaissent une baisse de 6% sur l’année 1930 alors que sur la même période les biens durables régressent de 20%.

2 – Baisse de la production et chômage de masse.
La réunion de ces facteurs (auxquels on doit rajouter la baisse des revenus agricoles [cf. I-A-2] amena les chefs d’entreprises à des décisions très rapides : réviser à la baisse leurs prévisions, puis leurs projets, puis leurs embauches.
La situation est particulièrement critique aux Etats-Unis. Les secteurs les plus touchés que sont le bâtiment, les équipement des consommateurs et des producteurs connaissent des baisses de respectivement 85%, 50% et 75% de leur production. Les secteurs des biens de consommations quotidiens ainsi que les services sont moins affectés. En moyenne la production industrielle, base 100 en 1929, se retrouve à son niveau le plus bas en 1932 à 58. Des pans entiers de l’économie font faillite, le nombre de faillite est en progression de 50% en 1932 par rapport à 1929 aux Etats-Unis. A partir de ce moment la production, commence à remonter mais se trouve toujours en dessous de son niveau de 1929. Il faut attendre la Deuxième guerre mondiale pour retrouver la « prospérité » des années vingt.
L’investissement est du même coup également en net recul : en 1929 il représentait 19.3% du PIB, en 1933 ce chiffre n’est plus que de 8.8%. Ce sont là des valeurs relatives. En volume, c'est-à-dire en tenant compte de la baisse (de près de 50% en valeur) du PIB, l’investissement en 1933 représente seulement 10% de son niveau de 1929.
La baisse de la production et de l’investissement engendre forcement des licenciements ou du moins du travail partiel. En 1929 seul 1.4 millions de travailleurs n’avaient pas d’emploi. Au sommet de la crise ce sont près de 12.6 millions de personnes, représentant 25% de la population active, qui sont dans cette situation. Toutefois il faut tenir compte du fait que les statistiques de l’époque ne sont de loin pas complètes. Les services gouvernementaux et les syndicats ne prennent pas en compte la plupart du monde rural pourtant très touché par la baisse des prix agricoles. De plus, aux Etats-Unis pays des entrepreneurs, baigné avant la crise par les thèses darwinistes, le chômeur est en quelque sorte considéré comme un looser. On peut donc imaginer que l’état donné par les statistiques est largement bonifié.
La protection sociale est alors inexistante aux Etats-Unis. Les chômeurs trouvent une aide auprès des organisations caritatives. Souvent endettés ils sont contraints de quitter leurs logement pour se réfugier dans les taudis qui se forment sur des terrains vagues : les Hoover-villes

. B ) Les liens entre la crise américaine et la crise économique mondiale

1 – La propagation de la crise en Europe
Si l’on ne peut pas dire que la crise européenne soit entièrement due au marasme américain il ne fait pas de doute que la situation outre-atlantique aggrave remarquablement la situation.
Les mécanismes de transmissions sont relativement les même que pour la propagation de la crise aux Etats-Unis : Il y a une contraction des capitaux (les Etats-Unis rapatrient leurs avoirs à partir de 1931). Ceci met à jour la faiblesse de certaines banques (faillite de la Kredit Anstalt en mai 1931 puis de la Danat en juillet) réduisant encore la masse monétaire disponible. Comme aux Etats-Unis les autorité monétaires maintiennent une monnaie forte (politique de déflation) afin de maintenir leur convertibilité en or. Maintenir une monnaie forte implique un budget strict et des taux d’intérêts élevés. Ces différents facteurs aboutissent aussi en Europe à une baisse généralisée de la production.

2 – L’état des différentes économies
La baisse de la production et le chômage de masse sont généralisés dans toute l’Europe. Pourtant, chaque pays, selon sa situation spécifique est touché différemment dans le temps et dans la gravité.
Le Royaume-Uni est déjà lourdement affecté en 1929 par la dépression des années vingt à cause d’une politique qui consiste à réévaluer la livre à son niveau de 1914 afin de pouvoir la convertir en or. Le vieillissement de son appareil productif ne l’avantage pas non plus. Son taux de chômage passe de 6% à 15% (ou 22% selon les sources) entre 1929 et 1932. Certains secteurs comme la filature (43%) connaissent ou la sidérurgie (47%) des taux record. La production indice 100 en 1929 passe à 83 en 1932 (en sachant que le niveau absolu de 1929 est déjà bas). Par contre le Royaume-Uni sort plus vite de la crise que d’autre pays. En 1938 son niveau de production industrielle est supérieure de 30% à celui de 1929.
En France, la crise touche l’économie qu’un peu plus tard. Elle ne « touche le fond » qu’en 1934 avec un indice de la production de 78 pour 100 en 1929. Les éléments d’explications sont à rechercher d’une part dans sa faible industrialisation et d’autre part dans l’importance de son marché intérieure. En d’autres termes ce serait l’archaïsme de la France qui lui vaudrait d’entrer tardivement dans la crise.
L’Allemagne et l’Autriche sont plus gravement touchées. En 1927, la diminution des investissements américains dans le cadre du plan Dawes fragilise leur économie. Ainsi lors du krach boursier l’Allemagne compte déjà 2 millions de chômeurs et le PIB de 1929 est inférieure à celui de 1928. Le mouvement de cartellisation permet de résister pendant un temps mais finalement on constate la deuxième plus forte baisse de la production industrielle avec, en 1932 seulement 53% du niveau de 1929. En 1931 la faillite de la Danat et de la Kredit Anstalt aggrave la crise. 43% de la population est sans travail selon la SDN.
(Le cas de l’URSS est tout à fait spécial. Staline prend en 1928 la totalité du pouvoir après avoir éliminé Trotski. Il décide de mettre en œuvre sa politique du « communisme dans un seul pays ». Il planifie toute l’économie et se coupe entièrement du monde. Ceci lui permet, involontairement de ne pas être touché par la crise. Au contraire le marasme des économies occidentales lui permet d’industrialiser son pays et de pouvoir ainsi, après la Seconde Guerre mondiale, prétendre rivaliser avec les Etats-Unis. En effet la production industrielle fait presque quintupler entre 1929 et 1938.)

3 – Les premières réactions aggravent la crise
Dans les mécanismes de la propagation internationale de la crise on doit aussi citer le rôle du commerce international. Pendant la première guerre mondiale les pays d’Asie, d’Afrique, et d’Amérique du Sud se sont rapidement industrialisés pour faire face à la demande européenne, souvent en s’endettant. Mais la reprise de l’activité en Europe pendant les années vingt a donné lieu à une surproduction faisant baisser les prix de gros à partir de 1925. Or lorsque la crise apparaît les possibilité d’achat des pays industrialisés se rétractent et de toute façon on privilégie les achats sur le marché intérieur afin d’essayer de relancer l’économie. Ainsi entre 1928 et 1933 la Chine diminue ses exportations de 75% et le Brésil de 60%. Mais puisque l’Europe et les Etats-Unis n’achète plus les produits des pays émergents ceux-ci se voient aussi en difficulté de racheter la production de biens manufacturés en provenance du « Nord ». La baisse du commerce mondial affecte les économies occidentales.
Dans les premières années après la révélation de la crise les dirigeants essayent de se protéger par des méthodes classiques : la déflation. La déflation, c'est-à-dire le maintient d’une monnaie forte, est censé assurer aux pays un pouvoir d’achat élevé dans le commerce international. Mais la politique de déflation empêche la reprise de l’activité intérieure car même si elle attire les capitaux elle ne permet aucun écart budgétaire. Ce qui va amener les Etats à l’abandonner par la suite.
Aux Etats-Unis Hoover rechigne à pratiquer une politique d’open-market visant à injecter de la monnaie dans le système bancaire et le FRB augmente ses taux de 1.5 point en 1931. En France on maintient une volonté déflationniste jusqu’en 1936. Elle se traduit par exemple la diminution déjà en 1933 des plus hauts salaires de la fonction publique par Daladier. Les mesures symboliques sont prises par Laval en juillet 1935 : les pensions de veuvages ainsi que les salaires des fonctionnaire sont amputés de 10%. En Allemagne le chancelier Brüning (élu en mars 1930) choisit de même la solution déflationniste : le crédit est considérablement renchérit, les dépenses publiques sont restreintes (notamment les allocation chômage !) L’Angleterre abandonne le plus précocement à ce réflexe. Dès septembre 1931 elle renonce à positionner la livre comme une monnaie de réserve.
Mais une telle politique rend attrayante l’importation. La déflation est donc accompagnée de mesures protectionnistes. Après l’échec de la Conférence de Londres de 1932 durant laquelle Grande-Bretagne, Etats-Unis et France n’ont pu se mettre d’accord sur une politique de conversion des monnaies, chaque pays à intérêt à crées un marché protégé de l’extérieur par de forts droits de douanes. Ainsi la Grande-Bretagne crée lors de la conférence d’Ottawa en août 1932 une « zone Sterling » comprenant le Commonwealth et notamment les pays Scandinaves, le Portugal, la Grèce. La France fait de même dans sa zone d’influence. De leur coté les Etats-Unis mettent sur pied le tarif Smoot-Hawley qui prévoit une augmentation de 40% des droits sur le blé, le coton, la viande, les produits industriels. L’Allemagne et l’Italie se ferment complètement du monde. Dès 1931Brüning instaure un sévère contrôle des changes. Le 1er août 1931 une loi rend obligatoire la déclaration de toute devise étrangère. Finalement c’est l’Etat qui va allouer les devises étrangères aux entreprises afin qu’elles importent les produits qu’il juge nécessaires. Les exportation d’or sont tout simplement passibles de la peine de mort ! Ces mesures ont pour effet de baisser encore le niveau du commerce mondial aggravant la crise.

Les premières mesures classiques échouent donc et la crise s’installe dans la durée. Chômage et absence de perspective entraînent un malaise social et une remise en question de la politique.


III. – CONSEQUENCES POLITIQUES ET SOCIALES

A ) Une société en crise

1 – Une paupérisation inégale

Le chômage considérable qui touche tous les pays n’a aucune commune mesure avec celui connu par nos sociétés de la fin du XXe siècle. La paupérisation frappe d’abord les chômeurs et leurs familles. Les personnes qui ont la chance de maintenir leur emploi voient même leur pouvoir d’achat augmenter. L’alimentation est le premier domaine touché par la perte de revenus. Les chercheurs constatent une disparition totale de la consommation de viande, remplacée souvent par des aliments à base de farine. Le manque de protéine fait apparaître un nombre grandissant de cas de scorbut, de rachitisme…Dans le pire des cas la mort est au bout. 45 personnes sont mortes de malnutrition dans la seule ville de New York en 1931, qui n’est pourtant pas l’année la plus difficile de la crise. Il reste aux chômeurs la soupe populaire et des dortoirs collectifs mis à disposition par les associations caritatives (Armé du Salut en France ou YMCA aux Etats-Unis). Le système de protection sociale de l’Etat est en effet encore peu présent sinon inexistant. Au niveau du logement les conditions de vie dans les bidonvilles n’est guerre un élément qui puisse améliorer le quotidien des victimes de la crise.
Par contre on a tendance à reporter une plus grande part de l’argent disponible à des achats « non essentiels » comme le café, le thé et les bonbons en Grande-Bretagne, le vin en France. Par recherche de réconfort ?
L’absence de perspective dans une crise qui n’en fini pas s’ajoute à la détresse matérielle. La crise fait naître un sentiment généralisé d’incertitudes et d’insécurité.

2 – Malaise, doutes, et revendications
« La mise au chômage est un destin vécu d’abord individuellement, et lorsqu’on perd son travail on à pas assez souffert pour se rebeller ; en revanche lorsqu’on à souffert longuement on a perdu la capacité à protester de manière organisée » (B. Cazier). Les mouvements de mécontentements soudains sont en général réprimés et en tout cas pas suivi de réponses politiques. Les émeutes répondants aux mesures déflationnistes anglaises en 1931, françaises en 1935 (aux arsenaux de Brest et de Toulon) sont de parfaits exemples. Aux Etats-Unis en 1932 la marche des vétérans de guerre réclamant le versement des indemnité de guerre et dispersée avec violence par l’armée. Même les organisations telles les Unemployed Citizen’s Leagues aux Etats-Unis ou le National Unemployed Worker’s Movement en Grande-Bretagne n’ont pu menacer l’ordre public.
Les grandes vagues de révoltes ouvrières, les grèves du Front Populaire ou du CIO de John Lewis, datent des années 1936-37 et s’appuient sur des travailleurs embauchés. On peut dès lors considérer que les mesures sociales obtenues pendant la phase de redressement de la Grande crise sont d’avantage dû à la peur des employés et ouvriers qu’à la colère des chômeurs. Paradoxalement la crise permet des avancées sociales : les grèves qui suivent l’arrivé du gouvernement de Léon Blum aboutissent aux Accords de Matignon (7 juin). (=> Semaine de 40h, congés payés, autorisation des convention collectives…) ; aux Etats-Unis la création de la NIRA précisée par le Wagner Act élargissent la marge d’action des syndicats. En août 1935 est créé le Social Security Act instituant un système d’assurance contre le chômage, la vieillesse et l’invalidité ! En Grande-Bretagne les congés payés font leur apparition en 1938. (Allemagne ?)
Parallèlement le malaise se ressent aussi par les critiques de plus en plus vives de la politique dans les démocratie qui se traduit par la poussé des manifestation d’extrême droite. Face à l’inefficacité des politiques libérales on pense trouver une solution dans l’action autoritaire. En France le poids des ligues est non négligeable, même si elles ne sont pas unies dans le même but. En effet l’Action française est monarchiste, les Jeunes patriotes sont favorables à un régime autoritaire d’extrême droite alors que Solidarité française rêve d’une République plébiscitaire proche du fascisme. Leur activité culmine le 6 février 1936 lors des émeutes à Paris devant l’assemblée. Même sans retourner dans ces extrêmes, les politiques on tendance à prôner des valeurs traditionnelles : en France la devise du Front Populaire est « Pain, Paix et liberté », plus tard Pétain adhère au slogan « Travail, Famille, Patrie ». En Grande-Bretagne l’audience des groupes d’extrême droite est moins forte, mais il existe tout de même un British Union of Fascists. En Allemagne le NSDAP profite de la crise pour s’installer au pouvoir. La crise n’est pas la seule cause de la monté des Nazis en Allemagne cependant c’est un élément important. En Espagne Franco s’appuie aussi sur le mouvement fasciste des Falanges pour gager le pouvoir.
Dans le domaine culturel les comédies, les Music hall, et les films légers en général décrivent pourtant un avenir bouché. Les contemporains essayent d’oublier leurs malheurs. On peut citer The Gold Digger de Mervyn Le Roy, les films de Chaplin (Les temps moderne, 1936) sont toujours appréciés, les Marx Brothers produisent régulièrement. D’autres œuvres suggèrent un retour à la nature par opposition à la technique par laquelle la catastrophe est arrivée. Le film King Kong sorti en 1933 reflète cet esprit. L’image de contraste entre les buildings new-yorkais et la misère humaine de C. Leighton relève de la même logique. Le philosophe Bergson critique aussi la technique dans son dernier grand livre écrit en 1932, Les Deux sources de la morale et de la religion. Mais la plupart des oeuvres restent critiques envers un système auquel on ne croit plus vraiment. Les raisins de la colère de John Steinbeck (1939) ou le Vol de nuit de Saint-Exupéry (1931) reviennent aux valeurs fondamentales de la solidarité et de l’amitié au-delà des soucis quotidiens.

B ) Les réponses politiques à la crise économique : l’interventionnisme

Le malaise des citoyens se traduit favorablement dans les urnes pour ceux qui proposent une solution alternatives aux action menées un peu précipitamment au début de la crise : les tentatives de respect des principes libéraux (déflation) ayant échoués, c’est l’interventionnisme de l’Etat qui s’impose. Même si l’interventionnisme se base toujours sur une logique keynésienne de relance celui-ci prend deux forme : d’un côté il y a l’interventionnisme de gauche en France et aux Etats-Unis et l’interventionnisme autoritaire en Allemagne et en Italie.

1 –La relance par la consommation des ménages

La logique suivie est celle de redonner un pouvoir d’achat à la population en l’employant à des travaux publics et par la mise en place de dépenses sociale de l’Etat, le tout financé par un déficit budgétaire
Aux Etats-Unis, Roosevelt se fait élire en 1933. Il met en place le New Deal.
Les mesures qui favorisent la relance :
- Emergency Banking Act (mars 1933) : mise en place d’une législation protectrices des épargnants.
- Civilian Conservation Corps (mars 1933) : emplois de jeunes chômeurs dans des chantiers forestiers.
- Le National Industrial Recovery Act (juin 1933) : salaire minimum, « codes » de production…
- Federal Emergency Relief Act (mai 1933) : crédit de 500 millions de $ aux collectivités territoriales pour l’aide aux chômeurs et aux sans-logis.
- Social Security Act (août 1935) : assurance sociale.
- Revenue Act (août 1935): taxation des revenu des capitaux.

En France, le Front populaire s’impose aussi face à l’échec du précédent gouvernement de droite. Il opte pour un encadrement de l’économie et une aide de l’Etat :
- Accords de Matignon (7 juin 1936) : semaine de 40h, augmentation de salaire de 12% en moyenne.
- Réforme de la Banque de France (juillet 1936) : donne plus de pouvoir à l’Etat et affaiblit la position des « deux cent familles ».
[…]

2 – La relance par la consommation de l’Etat.

· Le cas de l’Allemagne nazie
· La préparation de la guerre