3.07.2006

Les Etats-Unis dans les années 1920 : une grande puissance?

INTRODUCTION

Au sortir de la grande guerre, les E-U bénéficient d’une « hégémonie probablement sans précédent dans l’histoire mais qui leur est échue subitement sans préparation». Ces propos d’A.Siegfried extraits des Etats-Unis aujourd’hui (1927) illustrent la complexité de la montée en puissance des E-U dans les années 20.
Ces années 20, "années folles" ou "roaring twenties", décennie de prospérité et de liberté retrouvée, de joie de vivre sont paradoxalement encadrées par deux crises majeures. D’une part la crise de surproduction de 1920-21 et d’autre part la crise de 1929. Aussi ces années, produit de la guerre et germe de ce qui restera comme la crise boursière la plus marquante de l’histoire sont elles souvent analysées comme des années illusoires où la matrice de toute puissance reste l’arme financière. Des années d’illusion aussi bien économique que sociale ou politique. Elles sont dominées par les républicains.
C’est dans ce contexte que les E-U deviennent un pays incontournable des RI car propulsé au rang de puissance par la grande guerre. La notion de puissance est définie par J.B. Duroselle comme « la capacité d’imposer sa volonté aux autres ». Une puissance est donc un Etat qui est « capable , en certaines circonstances, de modifier la volonté d’individus, groupes ou Etats étrangers ». A la limite, même le plus petit Etat peut être qualifié de puissance puisqu’il a réussi à imposer son existence aux autres.
Ainsi, les Etats-Unis émergent en tant que puissance. Cette intrusion dans le concert des nations est remarqué dès la fin de la guerre avec le déclin de l’Europe, pour reprendre le terme utilisé par Albert Demangeon en 1920.
Mais, s’il est clair que le statut mondial des E-U, nouvelle puissance a changé, peut on aller jusqu’à qualifier le pays de grande puissance ?
Toujours selon J.B. Duroselle, la grande puissance est la capacité d’un Etat « a assurer sa sécurité contre tout autre puissance prise isolément ». Le terme sécurité prend ici un sens large pour deux raisons. D’une part, une grande puissance peut conserver ce statut après une défaite militaire. D’autre part, la définition d’une grande puissance au XX ème siècle ne se limite pas à des critères diplomatiques ou militaires. En effet, d’autres facteurs rentrent en compte : le potentiel économique, le rayonnement culturel, la cohésion sociale, le consensus national, la volonté des dirigeants d’imposer ces forces au niveau international et la légitimation par les autres pays de ces atouts.
Donc la grande puissance est celle qui est capable d’imposer sa volonté, au moins partiellement, à n’importe qu’elle autre puissance.
Ainsi, on peut se demander si les E-U possèdent les attributs d’une grande puissance dans les années 20 ? En d’autres termes la puissance des E-U au cœur de ces années illusoires n’a t-elle été que celle d’un colosse au pied d’argile ou au contraire la véritable consécration d’une puissance inégalée, d’une suprématie américaine révélée par la guerre ?
Pour tenter de répondre à cette interrogation nous étudierons dans un premier temps la puissance économico-financière américaine ( ... )


( ->En 1918, le chiffre des grandes puissances fait débat : sont elles 7 ou 5? Quoi qu’il en soit les E-U font incontestablement parti de ce « club des 7 ». )

I. Les E-U, une grande puissance économique au sortir de la guerre ? La décennie de la puissance économique. L’illusion de puissance économique

A. Base de la puissance des E-U dans les années 20 : La WWI


- pas de guerre sur leur territoire : leur capacité de production restent intactes
- stimulation de la production par les besoins des pays belligérants qui est à la fois un avantage (emploi, profit -> invest. -> innovations) mais aussi un inconvénient (reconversion difficile)
- Ces potentialités productives ont embelli la situation financière américaine. En effet, pour régler leur fournisseur américain les pays européens ont
* Soit cédé une partie de leurs avoirs ou placement à l’étranger.
* Soit ont bénéficié de crédits accordés par les E-U, anciens débiteurs de l’Europe. En effet, la balance commerciale américaine et celle des comptes sont devenues excédentaires. Ainsi, les E-U ont prêté plus de 10 milliards de dollar (12 sur la période 1914-1920) au reste du monde et détiennent plus de la moitié du stock d’or mondial.
2 csq :
1. Le dollar à la différence des monnaies européennes reste indexé sur l’or.
2. New York, avec Wall Street devient la première place financière de la planète, devant la City de Londres.
- L’abondance de capitaux permet de développer de nouvelles technologies :
Ainsi, la guerre a permis E-U de positionner leur flotte commerciale au second rang mondial et donc de ravir certains marchés alors acquis aux Européens comme le marché latino-américain.
- Par conséquent les E-U deviennent le carrefour mondial majeur des échanges
En devenant l'entrepôt du monde et la plaque tournante du commerce de redistribution, les E-U s’imposent comme le fournisseur de l’Europe dont le marché est désorganisé

CCL : est facteurs de puissance qui préparent le terrain de la…

B. La décennie prodigieuse de la « prosperity » (1921- octobre 1929)

En effet la puissance des E-U pendant les « roaring twenties », est caractérisée par l’apparition d’une « nouvelle ère économique » non sans paradoxe et par un certain rayonnement culturel.

1.La « nouvelle ère » économique : les E-U première puissance économique du monde

a.Crise de surproduction 1920-1921


Une crise économique brève mais intense a affaibli la grande puissance américaine de 1920 à 1921.
Cette crise peut se résumer par trois concepts : surproduction due à la baisse de la demande européenne inflation et baisse du pouvoir d’achat.
Des revendications, principalement salariale, s’accompagnent d’une explosion de violence et de multiples grèves (dans la métallurgie, les mines de charbon, les chantiers navals) Mais, cette crise économique est rapidement surmontée preuve de la capacité de redressement des E-U.

b. La « prospérity »

La grande puissance américaine des années 20 est symbolisée par sa prospérité économique qui semble inébranlable. Un seul indicateur pourrait résumer cette expansion américaine des années 20 : le PNB qui, de 1919 à 1929, passe de 78,9 à 104,4. Ainsi, de 1921 à 1929 la production industrielle a doublé.
On distingue trois grands moteurs de cette expansion, qui ont consolidé cette puissance :

->L’abondance de capitaux durant les années 20

Elle est due à la puissance financière tirée de la guerre. Ainsi, les placements de capitaux américains à l’étranger se multiplient. Cette pratique n’est pas anodine mais renforce la puissance du pays car :
* les pays récepteurs sont dépendant de la prospérité américaine
* contrôle de marchés étrangers stratégiquement intéressant comme le pétrole ou le caoutchouc.

La détention des capitaux est le cœur, la matrice de la prospérité et de la puissance américaine.

-> L’innovation :
La diffusion du progrès technique génère de formidables gains de productivité et donc a dynamise la production. Or, elle est source de puissance car résulte de l’invention qui nécessite des capitaux financiers et humains importants.
L’innovation se manifeste par :
· des innovation de produits
comme l’électrification,la téléphonie, l’automobile et des appareils électroménagers, les conserves alimentaires qui se généralisent.
· Innovation de procédé
Elle consiste à améliorer les méthodes de gestion des entreprises.
Elle est symbolisé par le taylorisme, le fordisme et par la concentration horizontale sous forme de holding . Ainsi les grands groupes comme Ford, Général Motors Chrysler apparaissent dans les années 20.
Ces méthodes d’organisation s’exportent en Europe. Ainsi, les EUA influencent le monde, leurs actions sont mimés, signe distinctif d’une grande puissance.

-> Hausse de la demande

De 1920 à 1929, le revenu national, par américain, passe de 522 à 716 dollars (par an-mois??), ce qui provoque une hausse de la consommation.
Ainsi, la Ford T ou « Tin Lizzie » qui se démocratise : 1/5 des américains possède une voiture, symbole du plus haut niveau de vie du monde. (contre 1/43 au RU)

En conclusion, la puissance économique américaine des années 20 apparaît comme hégémonique, justifiant une suprématie dans les relations internationales.

2. Facteur culturel : l’"American way of life" s’exporte en Europe

La prospérity qui éblouit l’Europe génère un attirance pour les changements culturels américains. Le modèle américain s’impose aussi par son rayonnement culturel. Ainsi, l’urbanisation, le droit de vote des femmes, l’électrification, les danses américaines et bientôt le cinéma envahissent l’Europe qui se convertie à l’"american way of life".
Bref, des éléments de puissance qualifiés aujourd’hui de soft power ( par opposition au hard power, le soft power est la capacité qu’à une puissance de diffuser son modèle sans qu’elle est la nécessité d’intervenir, de convaincre)

C. Un interventionnisme opportuniste

1. Le « non entanglement », guide de l’intervention américaine

Ce principe est capital pour décoder l’intervention des E-U ds les annnées 20. Il consiste à refuser de signer tout accord contraignant pour les E-U, c’est-à-dire qui réduirait leur indépendance d’action. Ainsi, la puissance américaine tire un double bénéfice de son action internationale : elle préserve ses intérêts et sa sécurité mais ne prend aucune responsabilité mondiale, refusant d’être la gendarme du monde ! Conformément à cette logique, les E-U n’ont pas ratifié le traité de Versailles ni le pacte de la SDN et signent des traités de paix séparés avec leurs anciens adversaires comme avec l’Allemagne en 1921. Ils bénéficient donc de tous les avantages réservés aux vainqueurs (cf limites imposées à la puissance allemande) sans assumer la responsabilité de faire assurer l’ordre établi en 1919.
Donc, l’opportunisme est la transposition en politique extérieur de la doctrine "America first". En résumé les E-U interviennent quand ils le veulent et quand cela leur est profitable. Mais le génie des républicains est d’avoir couvert cet interventionnisme d’innocence. En effet, le retrait de l’exécutif au profit des experts financiers permet au républicains de servir les intérêts américains en invoquant la neutralité économique. -> Jeu subtil d’une grande puissance: ils concilient consolidation de leur puissance et isolationnisme souhaité par la population.

2. « Le mythe de l’isolationnisme »

La population n’a qu’un seul souhait le retour à la normale (back to normalcy) exprimé dans les urnes en 1920. Ainsi, la politique interventionniste de Wilson matérialisée par le traité de Versailles et le pacte de la SDN est rejeté par le Congrès en 1919. Mais ces refus ne sont pas signe d’isolationnisme. De plus le repli national n’émane que de la population et n’est pas le reflet parfait d’une politique extérieure dirigé par le « non entranglement ». Ainsi, le « mythe de l’isolationnisme » consiste à croire que le refus de la SDN et l’arrivée des républicains au pouvoir sont synonyme d’isolationnisme. En réalité la diplomatie du dollar succède à l’idéalisme wilsonien.

CCL I : La puissance financière incontestable des E-U leur permet selon les propos d’André Siegfied de « tenir à leur merci des gouvernements qu’ils peuvent d’un geste réduire à la faillite ». Accompagnés d’une stratégie politique complexe les E-U deviennent capables d’ éliminer un à un ses concurrents potentiels. La puissance américaine devient suprême, elle atteint une "phase d’impérialisme intermédiaire." (Marc Nouschi)

II. Les E-U, « la puissance dominante » (P. Milza)

A. La maîtrise du destin des puissances européennes

Le gouvernement des E-U « par sa clémence ou son intransigeance, peut accélérer ou freiner le redressement européen » (Denise Artaud). Il est donc tout puissant.

1. Le dollar gap (1920-1923)

Conformément au « non entanglement », les E-U refusent d’assumer les responsabilités de la reconstruction européenne et donc d’aménager le remboursement interallié. De plus, ils s’opposent catégoriquement à l’effacement des dettes et à reconnaître leur lien avec les réparations mais n’oublient pas leurs intérêts.
Ainsi, avec l’agitation européenne des années 1920-21 à propos du montant des remboursements les E-U retirent leur capitaux : c’est le dollar gap. Or, avec la loi Fordney-McCumber de 1922, les E-U renforcent leur protectionnisme accentuant les difficultés économiques et politiques européennes.
Par conséquent, les anciens belligérants sont forcés de s’aligner sur les positions américaines. C’est chose faite en 1922 pour le RU, en 1923 pour l’Allemagne et en 1924 pour la France.

2. La diplomatie du dollar

A partir de 1924, les E-U sont de retour sur la scène diplomatique européenne avec le plan Dawes. Leur intervention, conforme au principe de non engagement, marque leur puissance. Ainsi, ils imposent
- d’une part, leur système de réparation
- d’autre part, leur volonté de pacifier l’Europe


a. le système de réparation américain est représenté par deux plans :

Le plan Dawes : Il est une fidèle traduction de la volonté américaine. Les E-U exigent le remboursement du capital et des intérêts non payés depuis 1919 et refusent de lier réparation et dette de guerre. Ils accordent cependant l’échelonnement des réparations sur 62 ans. Ainsi, le « triangle financier de la paix » ou « flux circulaire de papier » se met en place : les créances accordées par les banques new yorkaises transitent par celles de Berlin, Paris, Londres, Bruxelles, Rome avant de revenir à New York.
Intérêt des E-U :
*un réel remboursement car les sommes perçues incluant les dettes commerciales de guerre sont supérieures aux prêts.
*l’ouverture des marchés européens
*tiennent tête aux français en ne liant pas les réparations aux remboursements des dettes de guerre.

Le Plan Young : Il légitime la puissance financière des E-U car l’initiative franco-allemande aboutit à l’intervention d’un expert financier américain.
Intérêt : reconstruire la puissance allemande car l'Allemagne, avant guerre, représentait 13% des exportations américaines.

b. la volonté de pacifier l’Europe

Les E-U ont introduit une détente dans les relations diplomatiques européennes avec :
- La conférence de Londres qui se déroule du 16 juillet au 16 août 1924 et abouti à l’adoption du plan Dawes. Cette conférence marque la victoire de la puissance américaine sur la puissance militaire française pour deux raisons. D’une part, le RU s’est clairement désolidarisé de la France. D’autre part, Herriot doit accepter le retrait de la Rhur et l’interdiction de recourir à la force en cas de défaillance allemande.
- Le pacte de Locarno (octobre 1925) : Allemagne reconnaît ses frontières avec la France et la Belgique. Les trois puissances renoncent à la guerre pour renverser ce statut quo. Là encore, la puissance des E-U a opéré. En conditionnant l’afflux de capitaux à la signature du traité, ils ont clairement favorisé l’adoption du pacte.
- Le pacte Briand-Kellog (1928) : la puissance américaine est légitimée par la France. En effet, Briand fait appel à Washington pour relancer le dialogue franco-allemand.
Intérêt : économique et sécurité : l’Europe est pacifiée; l’ordre versaillais est supplanté par l’ordre américain et par la diplomatie du dollar.
Mais, une paix d’or et déjà illusoire car un nouveau système de puissance européenne se dessine avec l’affaiblissement du RU et de la France au profit de l’Allemagne, limite de l’innocence américaine.

CCL : les E-U exercent une suprématie sur l’Europe car son aide est indispensable pour résoudre les problèmes du continent. Or cette suprématie ne peut être qu’incontestée car les E-U sont le moteur de l’Europe.

B. Répercussions mondiales du contrôle de l’Europe

1. La Conférence internationale sur le Désarmement

Elle est convoquée à Washington par Charles Evans Huges (secrétaire d’Etat sous Harding et Coolidge) entre novembre 1921 et février 1922. La conférence donne naissance à 3 traités
1. Le traité des Quatre Puissances par lequel les E-U, la France, la GB et le Japon s’engagent à respecter le statut quo dans le Pacifique.
2. Un traité naval qui établit des quotas entre les grandes flottes mais ne concerne que les navires de bataille. Or, les E-U avec un coefficient de 5, supplantent le Japon (coefficient de 3) et obtiennent la parité avec les anglais.
3. le traité des 9 puissances (Belgique, Chine, E-U, France, GB, Italie, Japon, Pays-Bas, Portugal) concerne le statut de la Chine. Ainsi les américains triomphent en imposant le principe de la porte ouverte et en faisant reculer les prétentions de la puissance japonaise en Chine.
La victoire des E-U est alors double :
- d’une part, les E-U mettent un terme à la suprématie anglaise en matière navale.
- D’autre part, comme le souligne C. Fohen, ils s’imposent face à la puissance japonaise en persuadant l’Angleterre de ne pas renouveler son alliance avec le Japon et en portant un coup d’arrêt à la politique expansionniste nippone.

2. Action en Amérique latine

Après la WWI, les E-U ne sont pas une puissance commerciale (ils détiennent moins de 15% du marché mondial). D’où un renforcement des liens commerciaux avec l’Amérique latine permis grâce à leur puissance financière et à l’affaiblissement de l’Europe. [...]

3. Action au Moyen-Orient

Après de multiples pressions sur le RU, les E-U obtiennent un contrôle égal des ressources pétrolières en 1928.

Cette domination mondiale des E-U, portée par la prospérité des années 20, semble sans faille. En réalité, les victoires de l’interventionnisme américain doublées de son innocence masquent le caractère illusoire de la prospérité et les difficultés intérieures qui l’accompagnent.

III. Le talon d’Achille de la puissance américaine des années 20

En effet la société américaine, qui n'est pas préparée à ce rôle mondiale, se recroqueville sur elle même. Cette anomie est le terreau du nationalisme et des valeurs puritaines

A. Une société en crise larvée

1. Malaise culturel au sein de la société américaine

C’est l’affrontement entre un puritanisme officiel et une volonté d’émancipation d’une fraction de la population, propre aux années folles. Cette fracture traduit une société à deux vitesses, signe de difficultés d’adaptation aux nouvelles données sociales.

a. L’hypocrisie de la prohibition
La loi Volstead , appliquée à partir du 1er janvier 1920, interdit la vente et la fabrication de toute boisson alcoolisée à plus d’un °.
Cette prohibition divise l’opinion américaine entre
- les « dry » qui soutiennent le gouvernement, souvent originaire du Sud et du Middle West, de tradition puritaine et qui pensent que la pauvreté et le crime dérivent de l’abus de l’alcool
- les « wet », souvent citadins, catholiques, juifs
Les contrebandiers ou Bootlegers, comme Al Capone devenu célèbre, sont parfois soutenu par la population et ont même des complice dans l’administration judiciaire et la police.

b. Revendications d’émancipations
Elles sont portées par la flapper c’est a dire la « garçonne », femme au cheveux et robe courts qui s’exprime à travers son style vestimentaire mais aussi à travers les urnes depuis 1920. Cependant cette volonté d’émancipation et de reconnaissance n’est pas le fait de la majorité des femmes.
La division de la société n’échappe pas aux milieux artistiques. Le cinéma avec Charlie Chaplin et la littérature avec Sinclair témoignent de ce malaise grandissant.

CCL du A) -> Deux choses à retenir de cette crise culturelle :
- d’une part c’est une sérieuse restriction des libertés individuelles que le gouvernement ne parvient pas à faire appliquer ; la puissance publique américaine est donc affaiblie
- d’autre part elle contribue à consumer la fracture entre les puritanisme officiel partagé par certains américains et les plus émancipés

2. Fracture entre majorité et minorités ethniques

a. The « red scare »

La « peur du rouge » ou red scare est une psychose qui s’empare de la population suite à la crise de 20-21. Elle est dirigée contre les anarchistes, les socialistes, les bolcheviques, ou encore contre les membres de la centrale syndicale IWW (International Workers of the World). Les victimes sont licenciées, arrêtées, déportées, ou exécutées à l’image de Sacco et Vanzetti. Cette affaire enflamme l’opinion des E-U et d’autres pays et donna lieu à la première explosion d’anti-américanisme. Le statut de grande puissance américaine est alors contesté puisque son modèle n’est pas légitimé.

b. Xénophobie envers les noirs
Les afro-américains qui ont pourtant rempli leurs devoirs patriotiques, continuent à être victime de la pauvreté et du racisme. Ainsi, cette situation explosive provoque de grandes émeutes raciales durant l’été 1919, dans 25 villes dont Chicago.

c. Lutte contre les étrangers
*Les quotas d’immigration : après une première loi réstrictive en 1921, la loi de 1924 fixe le quota de chaque nationalité à 2% du nombre des Etatuniens originaires de cette nationalité, sur la base du recensement de 1890. Ceci privilégie l’immigration anglo-saxonne.
* le retour du Klu Klux Klan : Vers 1920, il compte environ 1, 5 millions de membres et beaucoup plus de sympathisants. Il lutte contre les noirs, les immigrants, les minorités religieuses, le modernisme, le bolchevisme. Ses méthodes sont terroristes : mutilations, flagellations, meurtres, émeutes raciales. Mais, ses membres s’affichent en toute impunité, à l’image du défilé organisé en 1925 à Washington.

B. Problèmes économiques structurels des années 20

a. Les absents de la « prosperity »
*Absence de croissance dans certains secteurs comme :
- dans le textile et la sidérurgie concurrencés par des innovations technologiques.
- l’agriculture qui ne parvient pas à se reconvertir ni à surmonter la crise de surproduction de 20 21. La diminution de la demande des belligérants a créée une situation de surproduction et donc une baisse des prix d’autant plus critique que la plupart des agriculteurs ont contracté des emprunts afin de moderniser leurs techniques de production.
* Absence de 5 à 13 % de la population victime du chômage pendant la décennie.
Ainsi les année 20 sont marquées par d’énormes inégalités de revenus. En 1929, sur les 27,5 millions de familles américaines, seules 7,5 millions ont plus de 2500 $ de ressources annuelles alors qu’il faut près de 2000 $ pour vivre dans la Middletown américaine.

b. la face cachée de l’économie américaine : les germes de la crise de 1929
« A la fin des années 20 le grand problème de l’économie américaine n’est donc plus tant de produire que de trouver des débouchés ». Cette citation de Milza et Berstein expose ce déséquilibre, bien réel mais masqué par l’essor de crédit et de la publicité.
Ainsi, ni les marchés intérieurs ni les marchés extérieurs ne peuvent absorber toute la production. Au niveau intérieur, ceci s’explique notamment par une hausse de la production, chiffrée à 35 %, plus rapide que celle des salaires et donc de la consommation.
Or, le marché extérieur ne peut absorber ce surplus car les E-U n’en contrôlent que de faibles parts. De plus, les ex-belligérants manquent de liquidités.
Par conséquent, les entreprises n’investissent plus mais placent en Bourse, les titres grimpent et la spéculation se généralise dans une ambiance euphorique.

Devant ces difficultés socio-économiques, la stratégie des républicains ne semblent pas avoir toujours servi la grande puissance américaine.


C. Les limites du « non engagement »

C’est pourquoi, qualifiés de « nains de la politique » (Melandri et Portes) leur action est vivement critiquée :
Leur stratégie qui consiste à « laissez faire » le marché, afin d’invoquer la neutralité de l’économie (...?) les a dépassé pour 3 raisons :
1.ils ne contrôlent plus tout les prêts accordés par les banques à l’Europe
2.le plan Young, par la reconnaissance sous jacente d’un lien entre réparation et dette dévoile la fausse innocence de leur politique
3. leur interventionnisme ambigu « rétrécie la marge de manœuvre de tous les président des E-U sur la scène internationale jusqu’en 1941 »


CONCLUSION : Les E-U sont incontestablement une grande puissance des années 20, voir la grande puissance. En effet, ils sont emportés dans un cercle vertueux où leur puissance financière garantie leur puissance économique et vis versa. Ils ont alors les capacités de dominer l’Europe, et d’affaiblir une autre puissance montante : le Japon. De plus, les E-U sont d’autant plus fort que leur interventionnisme mondial, guidée par une politique extérieur faussement innocente mais très habile, trompe les contemporains persuadés de l’isolationnisme de leur pays. Ainsi, cette puissance n’est rendue possible que par deux illusions : celle de l’isolationnisme qui permet l’interventionnisme et celle de la prospérité durable et sans faillible. Ainsi la majorité américaine, se laisse emportée par le flot incessant de la consommation et s’empresse d’occulter les troubles intérieurs, reflet des faiblesses de cette puissance. Pourtant, le mirage prospérité ad vitam eternam continue d’éblouir l’Amérique qui fait brusquement face à ses limites en octobre 1929.


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MEMENTO :

De 1920 à 1929, les trois élections présidentielles se déroulent aux EUA voient la victoire des républicains
- en 1920 : Warren Harding (sénateur de l’Ohio)/James Cox
- en 1924: Calvin Coolidge / John Davis
- en 1928: Herbert Hover / Al Smith

*« fin de l’innocence » = expression apparaissant au début du XXème siècle, lorsque les Etats-Unis découvrent qu’ils ont la même politique étrangère (impérialisme, etc..) que les autres grandes puissances.

*Isolationnisme = volonté de se maintenir à l’écart des affaires du monde. En fait, il s’agit surtout de ne pas être entraîné dans un conflit provoqué par des puissances et des motifs extérieurs.
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BIBLIOGRAPHIE :

ARTAUD (Denise), La fin de l’innocence, Les Etats-Unis de Wilson à Reagan, Paris, Armand Colin, 1985, 380 pages.

BERSTEIN (Serge), MILZA (Pierre), Histoire du XXe siècle, Tome 1 : 1900-1945, la fin du « monde européen », Paris, Hatier, 1999, 400 pages.

FOHLEN (Claude), De Washington à Roosevelt, l’ascension d’une grande puissance 1776-1945, Nathan, 1992

GIRAULT (Réné), FRANK (Robert), Turbulente Europe et nouveaux mondes 1914-1941, Payo & Rivages, 2004, 513 pages.

MELANDRI (Pierre), PORTES (Jacques), Histoire intérieure des Etats-Unis au XXème siècle, Paris, Masson, 1991, 364 pages.

NOUSCHI (Marc), Le 20ème siècle, deuxième édition revue et augmentée, Paris, Armand Colin, 2003, 542 pages.

(voir aussi la bibliographie de La crise de 1929 et ses conséquences aux E-U et en Europe sur ce blog)