3.07.2006

Le système totalitaire soviétique


Dictateur : chef d’Etat qui s’étant emparé du pouvoir, gouverne arbitrairement et sans contrôle démocratique
Autoritaire : qui impose son autorité d’une manière absolue sans tolérer la contradiction.

Intro :
Dès 1880, la politique doit tenir compte d’un nouvel acteur : les masses. Face aux espoirs déçus d’après guerre, la population se tourne vers des modèles nouveaux, comme celui développé par l’idéologie bolchevique.
De 1917 à 1941, période encadré par l’arrivée au pouvoir des bolcheviques en octobre 17 et par l’invasion de l’URSS le 22 juin 1941, le régime est passé d’une dictature du prolétariat véhiculée par l’idéologie à une dictature encadrant toute la vie de l’individu : le système totalitaire soviétique.
Le système est un mode de gouvernement, d’administration. Or, l’idéologie marxiste prévoit une phase de dictature du prolétariat et qui doit déboucher sur une société sans classe.
Le totalitarisme est un terme d’abord utilisé pour dénoncer le fascisme. Progressivement, il recouvre une réflexion sur la tyrannie moderne et sur les points communs entre communisme et nazisme. Mais, les théories du totalitarisme divergent :
1.Les premières réflexions proviennent d’Hannah Arendt et de R. Aron qui distingue 5 caractéristiques du totalitarisme : le monopole du parti, l’idéologie devenue vérité officielle, le monopole des moyens de forces et de persuasion, l’activité économique et sociale phagocytée par l’Etat et l’idéologisation de tous les disfonctionnements. Les masses sont alors atomisées devant le pouvoir totalitaire omniprésent et omnipotent.
2.Claude Lefort rompt avec l’idée que le totalitarisme a débouché sur une société atomisée soumise à une idéologie toute puissante. Dans ce sens, Marc Ferro montre que le pouvoir en URSS s’explique par la tendance hégémonique du Parti mais aussi par une population radicalisée, vivier de recrutement du nouvel appareil d’Etat et en passe de construire de nouvelles formes de pouvoir. Cependant cette analyse n’est pas vérifiée à sous le grand tournant stalinien.
Quoi qu’il en soit, comme le définissent K. Friedrich et Z. Brezinzski, dans Anatomie du totalitarisme, le totalitarisme reste une idéologie totalisante pour tous les aspects de la vie. Il est fondé sur un parti unique centralisateur et porteur du message idéologique et dirigé par un homme, le dictateur ainsi que sur une police secrète terroriste très développée pour faire régner l’ordre. Le pouvoir totalitaire détient trois monopoles : un monopole des informations, un monopole des armes et une économie dirigiste et planifiée. Le but du pouvoir totalitaire est unique : créer un homme nouveau comme « l’homo sovieticus » en URSS.
Et à Bernstein de résumer le totalitarisme comme « l’expression de la pratique autoritaire adaptée aux aspects nouveaux des sociétés du XXème siècle. »
Dans quelle mesure la Russie, puis l’URSS de 1917 à 1941, face aux périls et à l’absence de révolution mondiale se transforme-t-elle en un régime dictatorial qui règlementant tous les aspects de la vie ?
Pour cela, il est nécessaire d’étudier les bases du système totalitaire soviétique, posées par Lénine, puis de rendre compte de la montée en puissance du nouveau chef, Staline, de son action sur l’économie, pour envisager enfin son mode de gouvernement : la terreur permanente aboutissant à l’encadrement total de la société.

I. 1917-1924 : Lénine et les bases du système totalitaire soviétique

A. 17-24 : une montée de l’autoritarisme imposée par les circonstances ?

1. Base idéologique du système : la théorie de Lénine
*Dans L’Etat et la Révolution de 1917, Lénine expose le nécessaire renforcement de l’Etat pendant la dictature du prolétariat. Lénine instaure donc un véritable régime autoritaire, période longue car vouée à la transformation de l’Homme.
Ce modèle autoritaire a trois originalités :
1. un objectif nouveau : transformer l’homme pour en créer un nouveau
2. utilisation de tous les moyens de coercition politique et économique que permettent la dictature
3. un instrument : le parti élite constituée d’une minorité éclairée et prête à imposer son idéologie, sa volonté de transformer l’homme, par tous les moyens.

2. Une première montée des périls à partir de 1917

a. Bouleversement des structures en place….
*le nouveau pouvoir bouleverse les structures de la Russie avec réformes administratives et économiques symbolisées par les 4 décrets +le 8 novembre 1917, le II ème congrès panrusse des soviets approuve la constitution d’un nouveau gouvernement, le Conseil des commissaires du peuple, dirigé par Lénine et uniquement composé de bolcheviques comme Trotsky ou Staline.

b. ….Complexifié par des dangers multiformes
Mais, des dangers multiformes menacent le bolchevisme de 18 à 22 :
1. oppositions et crise politique interne : Kerenski lance une offensive contre Petrograd, Trotsky avec la Grade Rouge et les marins de Cronstadt .
janvier 1918 : la constituante élue est a majorité SR est dissoute dès sa première réunion
2. La Russie est engagée dans divers conflits
la première GM aboutit au traité de paix du 3 mars 1918 : paix humiliante qui amplifie les oppositions politiques
+ guerre civile (été 1918) avec intervention étrangère
+ guerre avec la Pologne (avril - octobre 1920)
Tous ces conflits contribuent à brutaliser la société
3. déclaration d’indép des Finlandais, Polonais baltes et ukrainiens avec le décret sur les nationalités
4.Une révolution mondiale qui ne prend pas. Or, le capitalisme russe n’est pas assez développé, pour que la révolution se déclenche. Ainsi, Lénine entend profiter de la vague d’agitation sociale de 1917 pour diffuser le socialisme dans les pays européens qui le retransmettrait à une Russie au capitalisme exacerbé.
Csq : réformes et dangers multiformes entraînent des hésitations et troubles de conscience dans une société en proie à l’anomie. Les moyens de contrôle et le centralisme du Parti doivent être renforcés

3. Réaction des bolcheviques : le communisme de guerre 18-21
Diverses mesures sont prises qui renforce l’appareil policier, le centralisme et la contrainte.

a. Autoritarisme et terreur politique
fin 17 : création de la Tcheka, une police politique pour lutter contre les opposants.
janvier 18 : la Constituante est dissoute + l’armée rouge est créee
juillet 18 : le 5ème Congrès panrusse des soviets adopte une Constitution qui consacre la toute puissance du parti bolchevique qui devient le parti communiste.
Août 18 : un attentat SR blesse grièvement Lénine, la répression se renforce.
CSQ : suspension de la liberté de presse, de la liberté de réunion
=>La naissance du parti Etat

* parti bolchevique est devenu une organisation de masse.
*Il est très discipliné. La discipline du parti repose sur une organisation, une hiérarchie caractérisée par un système pyramidal. Jusqu’en 1920, la libre discussion est de mise à la tête du PC. De plus, les bureaux sont dirigés par des hommes recrutés plus pour leur compétence que pour leur fidélité. Mais le parti est déjà conçu comme une armée dont la base, doit exécuter les décisions de leurs chefs.
*le centralisme démocratique est le mode de fonctionnement du parti. Il prévoit une élection des membres des organisations centrales, mais cette élection n’est pas pratiquée. Les décisions ne sont pas prises par la base mais par le sommet du Parti qui réussi à convaincre la base que c’est elle qui a pris toutes les décisions qu’on lui dicte.

Donc, l’Etat et le parti sont dirigés par les mêmes hommes, sous la coupole de Lénine.

b. autoritarisme et terreur économique
:
*terreur économique s’abat contre la bourgeoisie industrielle et agraire qui est expropriée. Dès 1919, la création de fermes d’Etat (sovkhozes) et de coopératives (kolkhozes) lance le début de la propriété collective de la terre qui appartient désormais aux soviets paysans.
Le ravitaillement des villes est assuré par le système de prélèvement : le paysan doit remettre tout ce qui n’est pas nécessaire à son alimentation. Mais, la monnaie déprécie, motive la résistance des paysans. Le ravitaillement se fait par la contrainte : les récalcitrants sont envoyés vers les premiers camps de concentration. De plus, des comités de paysans pauvres et des « phalanges de fer » brisent la résistance des paysans.
Dans l’industrie, en 1918, le travail obligatoire de 16 à 50 ans et le salaire aux pièces sont instaurés pour augmenter les rendements et assurer la discipline. En 1920, Lénine nationalise les entreprises de plus de 10 ouvriers.

c. Parallèlement, tentatives d’extension du modèle
-création de la IIIème internationale ou Komintern en 1919 par Lénine. Son but : créer une armée de partis disciplinée et chargée d’organiser la révolution dans tous les pays. Mais, l’absence de révolution mondiale oblige le PC à modifié sa stratégie.
-en juillet 20, le congrès de Bakou tente de mobiliser les peuples d’Orient.
-En aout 1920, les 21 conditions sont alors posées par le second Congrès de la III ème Internat. Chaque parti s’engage à exclure les réformistes, créer une organisation clandestine, diffuser une propagande révolutionnaire, noyauter les syndicats, subordonner les parlementaires à l’organisation et adopter le centralisme démocratique. L’alignement des jeunes partis communistes en font une véritable armée à la discipline de fer.

IMP : naissance d’une autre idéologie totalitaire cimentée par la crainte du communisme = le fascisme.

B. 1921- 1924, renforcement ou inflexion du régime ?

1. 1921 : l’année des révoltes

a. un pays exsangue :

En effet, le communisme de guerre a ruiné l’économie : production agricole et industrielles ont respectivement chutées d’1/3 et de 30 % par rapport à leur niveau d’avant guerre => fermeture des usines et chômage.
+ manque de ravitaillement des villes => la faim provoque un exode urbain

b. Révoltes populaires
- les paysans se révoltent en 1921 face aux réquisitions du communisme de guerre. ex : révolte de Makhno prônant un régime libre et dénonçant les « abus des commissaires et de la Tcheka, institutions de la violence et de l’arbitraire » fut réprimé en aout 21.
- 1er mars 21 : les marins de Kronstadt, fer de lance de la révolution bolchevique se révoltent, réclamant des soviets libres, grand danger pr le régime ® répression sanglante
- ajouté à cela , des divisions internes au parti entre « l’opposition ouvrière » qui réclame plus de démocratie et Trotski, partisan de la centralisation et de la militarisation du travail.
La Russie, au bord de la révolte, Lénine opère un « recul temporaire sur la voie du socialisme » : la NEP

2.NEP : une détente générale….
La NEP, lancé en 1921, est un « repli stratégique » imposé par les circonstances, mais cela n’en fait pas moins une arme du pouvoir en place. Lénine veut utiliser cette pause pour redresser l’économie et éduquer la classe paysanne trop éloignée des idées révolutionnaires.

a. Un retour de la liberté économique
les entreprises de moins de 21 ouvriers sont dénationalisées et le secteur privé réapparaît. Dans l’agriculture, on permet la vente libre des surplus et liberté de choix qui fait diminuer le nombre d’exploitation collectives.
2 bémols :
- l’Etat garde le contrôle des secteurs stratégiques (transport,finance, commerce)
- l’Etat contrôle le commerce intérieur et reste le seul à commercer avec l’extérieur.

b. détente culturelle et sociale :
-libéralisation des sociales avec des mesures d’émancipation des femmes
Mais, dans l’ensemble la libéralisation sociale, couplée à la détente économique est néfaste au régime car Nepmens et koulaks prennent montent en puissance.
-libéralisation de la vie culturelle : le régime n’impose pas un modèle artistique mais, appuyant les œuvres qui se rapprochent de la Révolution, il abouti à la création d’une culture dominante qui glorifie le pouvoir et son idéologie.
Cependant : lutte contre toutes les religions se renforce

c. Une détente des relations diplomatiques

Les gouvernements de l’Ouest commettent une erreur d’appréciation sur la NEP en y voyant le signe de l’abandon du communisme.
Csq : traité commerciaux de1921 :traité de commerce avec la RU et l’Allemagne
+1922 : traité de Rapallo désenclave l’URSS et débouche sur une série de reconnaissance diplomatique en 1924
Or, cet apaisement des RI est le répit dont avait besoin le gouvernement soviétique pour
d’une part,augmenter son influence internationale comme sur le PC chinois en 1923 ou en 1924 en Mongolie.
D’autre part, raffermir son autoritarisme.


2…..Mais, un renforcement de l’autoritarisme politique 22- 24:

a. Progrès de l’autoritarisme et de la bureaucratie
Cela a deux objectifs :
-répondre aux dangers de 1921
-éviter Lénine a peur que l’assouplissement économique et social ne renforce les oppositions politiques.

* Ainsi, en 1922 le pouvoir du parti est renforcé par :
- Le 10 ème Congrès du Parti : Lénine interdit la formation de tendances au sein du parti qui devient monolithique. Une sévère épuration en exclue les opposants et les nouveaux adhérents sans compter qu’une lourde répression s’abat sur les mencheviques et les SR.
- 1922 sonne le glas du multipartisme, suite d’une éviction lente des autres partis
- La Tchéka est remplacé par le Guépéou
- Politburo et Orgburo aspirent les pouvoirs du Comité Central

*De même les 2 Constitution de 22 et de 24 institutionnalisent un système de gouvernement centralisé et autoritaire
- décembre 1922 : création de l’Union des républiques Socialistes Soviétiques rassemblant 4 Républiques : République Socialiste Fédérative des Soviets de Russie (RSFSR), l’Ukraine, la Biélorussie et la Transcaucasie. Derrière les apparences d’égalité entre République c’est la centralisation et l’unité derrière le pouvoir de la RSFSR qui prévaut, les vues de Staline se sont imposées
- 31 janvier 1924 : ratification d’une constitution commune par le 2ème Congrès des soviets de l’URSS. Les questions essentielles sont du ressort de l’union tandis que les républiques n’assurent que l’exécution des ordres. Or, derrière une apparente démocratie, à tous les niveaux la hiérarchie du parti double celle de l’Etat. Les candidats à élire sont désignés par le PC qui contrôle ainsi tous les rouages publics. Or, du fait de la bureaucratisation croissante du parti, la hiérarchie des comités et des secrétaires est sous contrôle total du chef de l’Orgburo, maintenu par Staline.

b. Ascension discrète de Staline
En 1922, il cumule déjà les fonctions.
- Membre du comité central, il est le seul à appartenir à la fois au Politburo et à l’Orgburo. Ainsi,
o il s’occupe des questions concernant la vie quotidienne du Parti, négligé par les autres membres.
o Depuis février 20, il est commissaire du peuple à l’Inspection ouvrière et Paysanne (Rabkrin)
o Jusque fin 22, il est commissaire du peuple aux nationalités ce qui lui permet de jouer un rôle clef dans l’élaboration de la Constitution
- A la suite du 11ème Congrès du Parti (21 mars-2 avril 22), il obtient le poste de secrétaire général du Parti, moyen essentiel de sa marche au pouvoir absolu. En effet, les pouvoirs au sein du parti seront progressivement aspirés par le secrétariat général

Ainsi, le 21 janvier 24, à la mort de Lénine, Staline est déjà puissant. Dans des notes rédigées entre 1922 et 1924, connues sous le nom de testament, Lénine aurait été favorable à Nikolaï Boukharine pour sa succession jugeant que Staline « trop brutal avec les camarades, avait accumulé trop de pouvoirs » . Il demande même qu’on écarte Staline du secrétariat général. Lénine qui a jeté les bases du totalitarisme se rend compte que tous les pouvoirs sont progressivement absorbés par Staline. Preuve suprême de son omnipotence : il parvient à étouffer le testament qui reste secret !

CCL : La dictature du prolétariat de Lénine a en réalité posé les jalons d’un état totalitaire, liquidant les oppositions, organisant la terreur et l’embrigadement de masse.
Cela dit, le pouvoir, certes autoritaire n’encadre pas encore la totalité de la société.

II. Le stalinisme ou système totalitaire soviétique

A. Emergence d’un dictateur…

1. Lutte pour la succession
On distingue 4 étapes qui débouchent sur l’omnipotence de Staline :
1. La lutte pour la succession qui se transforme en musellement de tous les concurrents politiques et s’achève par la mise à l’écart de Boukharine en 1928.
*La lutte pour la succession se transforme en musèlement de tous les concurrents politques.
1.lutte face à Trotsky, favorable à un parti plus démocratique et à une révolution mondiale. Plusieurs étapes :
-Staline s’appuie sur Zinoviev et Kamenev, formant ainsi la « troika », officialisée au 12ème Congrès du Parti (17-25 avril 1923).
-28 et 29 décembre 23 : face aux accusations portant sur la volonté de Staline de s’approprier l’héritage de Lénine, il réclame un cours nouveau »= moins de bureaucratisme et de monolithisme mais une planification autoritaire de l’économie ».
-16-18 janvier 24 : Conférence du parti : fin du monolithisme serait la fin du parti. C CAPITAL : cela permet à Staline de réagir à tous type d’opposition puisque jugée déviante e la ligne directrice qu’il est le seul à fixer. Trotsky est alors décrédibilisé au sein du parti et perd ses fonctions gouvernementales et militaires en 1925.
2. 2ème lutte : face à Zinoviev et Kamenev que les thèses staliniene de « socialisme dans un seul pays » et de prolongation de la NEP ont poussées vers Trotsky et vers la gauche du Parti. C’est la naissance de « l’Opposition unifiée » en 26 et qui s’effondre en 27 face au poids du secrétaire général et à la désaffection populaire.
Mais Staline coalise la droite dont Boukharine. et impose ses idées au XIV ème Congrès du Parti en décembre 1925. Trotsky, Zinoviev et Kamenev perdent leurs responsabilités en novembre 1927, Trotsky est exilé en 29 et assassiné en 40. Or, en 1926, la réussite de la NEP le niveau de production agricole retrouve son niveau d’avant guerre donne raison à Staline.
3. Staline décide de s’attaquer à la droite et à la NEP en 1928-1929 ce qui aboutit à l’exclusion de Boukharine du Bureau Politique.
2. Remplacement de Rykov (proche de Boukharine) par Molotov à la tête du Sovnarkom en 1930
3. fin 1930 : transfert des compétences du sovnarkom au politburo qui devient l’organe de coordination des organes de gouvernement.
4. Absorption du pouvoir de décision du Politburo au profit de Staline.
CCL : unification de fait entre l’Etat et le parti.

2. « Les recettes du chef »
Les recettes du chef sont assez simples. Staline se maintient au pouvoir à travers différents mécanismes :
1. Staline s’impose comme l’héritier de Lénine ce qui lui permet de développer un culte de la personnalité : « Staline c’est le Lénine de notre temps »
2. Staline impose le monolithisme à la conférence du parti les 16 et 18 janvier 24. C’est capital car il devient l’incarnation de la bonne ligne du parti
3. En 1925, par sa doctrine du « socialisme dans un seul pays », il parvient à remobiliser les militants, lassées d’attendre une révolution mondiale. Staline s’éloigne de l’idéologie mais assure son pouvoir.
4. Ses postes clefs et la structure bureaucratique du parti alliée au centralisme démocratique lui assurent un contrôle grandissant de la société
5.la violence devient son mode de gouvernement : terreur purges et déportation vers le Goulag sont le quotidien.
2 objectif :
1. Justifier les difficultés du régime par des bouc émissaires. Toute résistance, tout insuccès, tout retard même est assimilé à des trahisons internes ou a des complots internationaux. Staline inculque à l’URSS une mentalité d’assiégés qui permet de mobiliser constamment la population.
2. renouveler cadres et museler les opposants.
Or, Staline augmente s’appuie de plus en plus sur la police politique. Les déportations vers le Goulag se massifient et s’exacerbent en 36-38. La technique des faux aveux se généralise.

CCL : Staline contrôle donc parfaitement le parti. Il peut maintenant mettre ses projets à exécution.

B. Lancement d’une économie dirigiste et planifiée


1. La seconde révolution
En avril 27, le principe d’un plan en 5 ans est approuvé. Le premier plan est déjà en cours de réalisation quand il est ratifiée par la 16ème Conférence du Parti en avril 29.
Un mot d’ordre « industrialisation, planification, collectivisation » définit la ligne directrice des 3 plans : priorité à l’investissement et aux équipements collectifs au détriment de la consommation et du bien être individuel et qui encadrent toute la société.
1 but idéologique : industrialiser le pays pour parvenir au socialisme.
Mais, la collectivisation des campagnes a suscité plus d’opposition internes, emmenées par la droite de Boukharine, soutenu par le Gosplan. Une fois de plus, Staline rompt les oppositions avec une originalité : « la ligne générale » qui rallie les trotskistes et le monolithisme qui condamne la droite.

2. Propagande terreurs et résultats

a. Le grand tournant en 1929
Seule la mobilisation constante de la population, à coups de propagande et de terreur, a rendu possible l’exécution des plans quinquennaux. Ainsi, fin 1929, après une campagne de propagande ratée, les menaces de déportation ont convaincu 21,6 % des paysans appartiennent à une exploitation collective. Staline annonce alors la collectivisation générale et accélérée : c’est le grand tournant de 1929. Tout opposant à la collectivisation est considéré comme un koulak. Dékoulakisation et collectivisation sont alors liées et doivent être réalisées en 3 ans. Parallèlement, un système concentrationnaire nouveau apparaît : le Goulag.

b. 1928 – 33 : Première vague de terreur et résultats
-les paysans sont les plus durement touchés. En 1933, 84,5% des paysans appartiennent à une structure collective. Mais, le coût humain est lourd :
- Environ 5 millions de koulaks sont déportés vers les camps de travail, entre 3 et 4 millions sont morts.
- 32, 33 diminution de la production de céréales et les réquisitions provoquent une nouvelle famine. Or, cette famine a délibérément été orchestrée par Staline pour liquider les koulaks.
Tout cela provoque un exode rural massif de 28 à 32, qui désorganise l’administration citadine. Ainsi des mesures sont prises en décembre 32 pour purger les villes des « éléments socialement étrangers ».

-Entre 29 et 30, les spécialistes (comme Kondratiev), membres de clergé et les entrepreneurs privés sont aussi dans le collimateur du régime.
-Mais, les ouvriers sont aussi touchés. Anciens ruraux surexploités, ils sont peu adaptés à l’effort exigés. Pour y remédier, terreur (discipline de fer avec amendes et « brigades de choc ») et propagande exaltent l’héroïsme du travail. On est pas loin du triste slogan « le travail rend libre » A ce prix, en 33, la part de l’industrie dans la production nationale progresse de 40 à 70 %.

3. 1933- 1941, deux nouveaux plans
*second plan quinquennal (1933-1938) : corrige les défauts du premier plan
*au niveau agricole : en 1939, 99% de la surface cultivée appartient aux exploitations collectives d’Etat.
* industrie : priorité à l’industrie lourde et à la productivité à outrance ® propagande : c’est le temps du stakhanovisme, ce mineur génial à la productivité démentielle qu’il faut imiter
En 1937, l’URSS est la troisième puissance industrielle mondiale.
Mais, le danger hitlérien pousse Staline à modifier son plan au profit de nouveaux investissements dans le réarmement.
* 3 ème plan (1938 – 1941) : complètement dicté par les circonstances, il donne la priorité au réarmement qui progresse de 300 % par an !

CCL : La vie du pays est centrée sur la réalisation des plans : politique et économie sont plus que jamais liées. Le grand tournant de 1929 est ressentie comme une offensive de grande ampleur. Par conséquent, pour se donner l’illusion qu’il contrôle tout, Staline fait de la terreur et des déportations de masse son mode de gouvernement.

III. Entre renforcement et contradiction : un système totalitaire tout puissant ?

A. 1933 – 36, un renforcement du contrôle de l’appareil d’Etat

1.Une relative trêve en 1934

a . En 34, on distingue plusieurs indices d’accalmie :
*l’interdiction des arrestations massives et désordonnées le 8 mai 33
*17 ème Congrès du PCUS (26 janvier –10 février 1934) : Staline y développe le thème de la rupture : moins de bureaucratie et une meilleure exécution des objectifs
Un retour à la légalité semble s’opérer. Mais, le pouvoir de Staline se renforce : il cumule les pouvoirs de secrétaire générale du PCUS et de président du sovnarkom.
*devant l’engorgement des camps, le pragmatisme guide une amnistie partielle déclarée le 27 mai 34 et qui libère 320 000 personnes.
*le décret du 10 juillet 34 par lequel le NKVD, nouvelle police politique remplace le Guépéou. Des limitations de son pouvoir sont prévues mais pas respectées.

b…interrompue par l’assassinat de Kirov
En effet, l’assassinat de Kirov le 1er décembre 34, dont la lueur reste à faire, permet à Staline de raviver le thème du complot et de lancer une vague de répression sans précédent
70% des membres du comité central élu en 34 sont exécutés et 80% des militants modestes recrutés entre 20 et 21 ont disparaissent. L’intelligentsia n’est pas épargnée.

2.Constitution et Grande Terreur (Ejovchtina) 1936 – 38, des incompatibilités ?

a. La constitution de 1936
Réputée être « la constitution la plus démocratique du monde » elle étend le droit de vote à tous les citoyens soviétiques : le suffrage est égal et secret. Mais ce sont toujours les assemblées du parti qui choisissent les candidats. De plus, l’absence d’organe assurant l’effectivité des droits les rend caducs.
Aussi, la constitution de 36 apparaît-elle comme une soupape de sécurité, une sorte de compensation accordée avant les grandes purges

b. Une montée de la « paranoïa institutionnelle » : les grandes purges
Les grandes purges de 36-38 visent non seulement les opposants au régime mais aussi les bolcheviques, les élites politiques, économiques et militaires. Elles débouchent sur une série de grands procès publics:
-19 au 24 août 36 : procès des 16 dont Zinoviev, Kamenev et Smirnov. 16 faux aveux débouchant sur 16 exécutions.
-23 au 30 janvier 37 : c’est le procès des 17 (militants illustres, techniciens..)dont les aveux justifient les difficultés économiques.
La même année, les chefs de l’armée rouge sont exécutés, les ambassadeurs disparaissent et même les révolutionnaires étrangers sont touchés.
-du 2 au 13 mars 1938 : procès dit des 21 : les accusés sont de tous horizons : de la droite du PC, trotskistes, médecins,… 18 condamnations à mort
CCL : depuis 34, 2 millions de morts et à 8 millions de détenus dans les camps.
Le but = omnipotence de Staline qui noyaute le parti et par extension toute la société

B . L’URSS, un nouveau modèle de société ?

1. les objectifs

a. L’homo sovieticus
Homme nouveau, sans classe, structuré par de nouvelles vertus inculquées par l’Etat communiste comme le stakhanovisme. Bref une société ou chacun satisfait ses besoins et jouit de toutes les libertés.

b. La russification
La volonté de russifier les Etats fédérés et la diffusion du chauvinisme grand russien sont assurées en grande partie par le cinéma.

2. Une société transformée ?

a. Un encadrement total….

Le système totalitaire, par l’intermédiaire du parti contrôle toute la société : l’économie, la pensée, les organes d’information, l’école, les organisations de jeunesse (comme les pionniers ou les Komsomols), de travail et de loisir. Ainsi, l’esthétique officielle, le « réalisme socialiste » s’impose dans tous les arts
Or, cet encadrement général n’est possible que par le développement de l’intelligentsia. Ainsi, les purges débouchent sur la promotion de jeunes cadres, formatés dans les écoles du parti et qui doivent tous à Staline.

b…..Mais infidèle à l’idéologie marxiste
-les inégalités persistent et sont entretenues par le régime qui instrumentalise les tensions sociales pour gouverner. 3 groupes sociaux persistent :
- la paysannerie subie le poids de la collectivisation, les lopins sont relis en cause et des kolkhoziens d’élite ont vocation a formater l’esprit des paysans au collectivisme.
- La situation des ouvriers, clef de voûte de la révolution est misérable. Leur niveau de vie n’ayant guerre augmenté, ses conditions de vie et de travail sont d’autant plus misérables que la guerre approche.
- Apparatchiks : classe des privilégiés qui regroupe l’ Intelligentsia ( intellectuel + ceux qui assure la gestion de l’Etat ) + nomenklatura
-les libertés sont loin d’être respectées !

C. Des forces d’inflexion ?

1. Diplomatie et contexte international :

a. Alliance réaliste avec les pays capitalistes

*joue la carte de l’alliance avec les capitalistes mais ne parvient pas à monter les pays les uns contre les autres. l’URSS, puissance montante et reconnue reste cependant une puissance de second rang notamment en l’absence de moyens financiers conséquents.
Aussi, la détente de 24 s’avère vite fragile jusque 29.
*CSQ : Staline a besoin de l’extérieur pour assurer la pérennité du totalitarisme qui passe par la sécurité®
29 – 34 : traités de non agression et de reconnaissance diplomatique
Septembre 34 : l’URSS entre à la SDN.
2 mai 35 : signature du pacte germano soviétique qui ne comporte pas de clauses militaires
août 35 : VII ème congrès du Komintern adopte la tactique du front commun des forces de gauche dans le monde pour lutter contre le fascisme

b. Contexte international tendu et phases de répression.
*La montée des périls 36- 38 correspond avec la grande terreur.
Montée des périls =
*à l’ouest :
-opposition à la ratification du pacte franco soviétique
-mollesse de la France et de l’Angleterre face à la remilitarisation de la Rhénanie
-aide allemande et italienne au général Franco
*à l’est :
- novembre 36 : signature du pacte anti-Komintern entre le Japon et l’Allemagne

2. Plans terreurs et répressions : auto sabotage du régime ?

a. Résistances internes

- résistance politique notamment avec l’Opposition ouvrière en 27, puis d’autres groupes en 30, 32
- résistance paysanne est la plus forte : elle infléchi même le grand tournant : en 1930 le rythme de la collectivisation est ralentie et le lopin de terre individuel est autorisé
- résistance ouvrière :grèves avec des émeutes au printemps 32, en octobre 41
- formes d’opposition violentes caractérisées de « banditisme », notamment développées par les koulaks
- insubordination (notamment marché noir)
- nombreux réfractaires aux nouvelles valeurs (comme abandon difficile de la religion)

b. Effets pervers des plans
* 1er plan :
Les répression contre les spécialistes aggrave la faible productivité : le régime devra faire marche arrière
* 2ème plan
effet pervers du Stakhanovisme : n’entraîne pas une hausse de la production car les entreprises sont incapables de suivre la hausse des rendements

c. Un affaiblissement de l’URSS avant la Seconde GM
2 mesures :
*Grande terreur ® désorganisation économique et affaiblissement des cadres administratifs politiques et militaires à la veille de la seconde GM. 3. Le répit, obtenu en 39, avec le pacte germano soviétique du 23 août se révéla insuffisant


*Le 3ème plan donne certes la priorité au réarmement. Mais, bien que spectaculaire, le réarmement est trop tardif et désorganisé. Staline ne croyait pas possible une intervention allemande en URSS avant 42. Or, il renforce son ennemi de demain par des livraisons de matière première. De plus, il refuse la mise en alerte de la population traversée par l’optimisme alors diffusé en URSS. La surprise du 22 juin 41 n’en est que plus grande.

Le questionnement totalitaire sur le système soviétique renvoie aussi au débat sur sa spécificité, notamment par rapport au nazisme auquel il a souvent été comparé.

3. Stalinisme, nazisme, même combat ?

a. Diverses similitudes notoires entre stalinisme et nazisme :
En effet, des similitudes sont observables dans la structure du régime et dans ses pratiques terroristes.
- parti unique cherchant à contrôler l’ensemble de la vie sociale et privée des individus
- idéologie officielle imposée à tous à travers le culte du chef
- refus de la démocratie parlementaire
- absence de légalité
- terreur à grande échelle
- volonté de supprimer tout conflit interne
- centralisation de la vie politique et économique

b. Mais des spécificités
- idéologie différente et mode d’application différents : le projet de Staline doit être imposé à son parti et à sa population d’où le soucis constant de tenir en main. Hitler incarne et porte le projet nazi, sa popularité et son autorité sont incontestées.
- Staline parvient à établir un contrôle précis en se servant des structures déjà en place alors qu’Hitler multiplie les organes d’exécution dont la coordination est assurée par une fidélité sans faille au führer

CCL
Lénine a donc posé les bases du régime totalitaire : parti unique et centralisé, développement de la bureaucratie, encadrement de l’économie, terreur, déportation. Mais, la NEP adouci cet autoritarisme notamment sur le plan économique et social. De plus, la culture n’est pas totalement encadré. Le système totalitaire apparaît et s’ancre avec Staline à partir de 27 où le premier plan est lancé. L’omnipotence de l’Etat s’étend à tous les moments et tous les domaines de la vie. Mais, alors que terreur et déportations sous Lénine étaient motivées par une montée des périls, Staline en fait un mode de gouvernement quasi ininterrompu et qui s’exacerbe avec l’approche de la Seconde guerre mondiale. Mais, la terreur révèle la fragilité d’un pouvoir qui a du revoir ses prétentions mondiales et se limiter au « socialisme dans un seul pays ». D’ou la paranoïa de Staline qui fait de l’URSS une forteresse assiégée.
Face à la dérive totalitaire, les faibles mobilisations sont facilement écrasées. D’autant plus que, dans cet entre deux guerre, la survie prime et que déjà la propagande mobilise les esprits autour du patriotisme pour faire face à l’envahisseur.

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